Législatives israéliennes: La tentation du «foyer juif»

PROCHE-ORIENT A six jours des législatives israéliennes, le parti Bayit Yehudi monte en puissance...

Alexandre Sulzer

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A. SULZER / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial en Cisjordanie

Devant l'arrêt de bus qui dessert Eli, une colonie israélienne située entre Ramallah et Naplouse en Cisjordanie, des affiches électorales claquent au vent. Ce sont celles du parti Bayit Yehudi (le «foyer juif»). «Quelque chose de nouveau commence», proclament-elles. Dirigé par un ancien colon, Naftali Bennett, cette formation nationaliste religieuse qui compte aujourd'hui à peine trois députés, devrait, selon les sondages, être la grande gagnante des élections législatives, qui se tiendront le 22 janvier. Elle devrait en effet devenir la troisième force du Parlement israélien. Et le partenaire incontournable de la future coalition gouvernementale.

«A Eli, ce sera la première en nombre de voix», pronostique Laly, une Française qui vit depuis des années dans cette tranquille zone pavillonnaire de 4.000 habitants, téléportée au milieu de collines bibliques et de villages palestiniens. Elle votera pour Naftali Bennett «stratégiquement»: «Je veux renforcer ce parti qui sert de garde-fou à la droite de Bibi» Netanyahou, dont la reconduction au poste de Premier ministre semble acquise.

«Le Likoud pourrait nous abandonner»

«Le Likoud (parti de Netanyahou) a fait des erreurs en attaquant trop violemment Bayit Yehudi, dont l'ADN est pourtant le même que lui», confirme Kobi Eliraz, le maire d'Eli. La confiance envers le chef du gouvernement semble bien entamée chez les colons. «Il pourrait nous abandonner un jour, car Eli n'appartient pas à un bloc de colonies», met en garde l'élu. Le programme territorial de Naftali Bennett (lire ci-dessous) remporte ici un franc succès. «C'est la solution la moins pire», affirme Laly, consciente que les Palestiniens, eux, veulent un Etat. «Mais ça ne sera pas possible. Il va falloir qu'ils comprennent que nous sommes éparpillés dans toute la Judée-Samarie (nom donné à la Cisjordanie par les colons). Que c'est un fait et que nous ne partirons plus jamais.»

Cette position n'hypothéque-t-elle pas les chances de paix? «Ecoutez, je ne sais pas ce qu'est la paix, s'agace Kobi Eliraz. Mais si vous demandez à un Palestinien si sa vie est bonne, il vous dira "oui". Car il vit mieux ici qu'au Caire ou en Syrie. Et c'est ça le plus important.»

La relative stabilité politique et économique de la Cisjordanie sied au maire, qui s'enorgueillit de ne pas avoir eu à installer de barrière de sécurité tout autour d'Eli. Un radar et un système de vidéosurveillance en contrôlent toutefois les abords. «Deux-cents Palestiniens travaillent même ici pour construire nos bâtiments, sourit le maire, qui compte parmi ses projets urbanistiques la construction d'un théâtre et celle d'un vaste centre commercial. Vous voyez: nous pouvons vivre ensemble.»