Somalie: Qui sont les rebelles d'Al-Chabaab?

MONDE Réunis en une coalition anti-gouvernementale de plusieurs groupes islamistes, les shebab perdent du terrain depuis un an...

Corentin Chauvel avec Reuters

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Des militants somaliens d'Al-Chabaab, à Mogadiscio (Somalie), en 2008.
Des militants somaliens d'Al-Chabaab, à Mogadiscio (Somalie), en 2008. — F.OMAR / REUTERS

La milice somalienne Al-Chabaab a annoncé ce mercredi la condamnation à mort de son otage français Denis Allex, cinq jours après la tentative manquée d'exfiltration par la France de l'agent des services de renseignements de la DGSE. Les services français se sont notamment heurtés à une résistance «plus forte que prévue» de la part des rebelles islamistes.

S’ils ont perdu beaucoup de terrain en Somalie face au pouvoir fédéral, auprès duquel Denis Allex était en mission officielle en 2009, les shebab restent l’entité rebelle la plus organisée du pays, en crise depuis vingt ans. D’après Roland Marchal, spécialiste de la Somalie au Ceri interrogé par Le Monde des religions, «le nom complet de l’organisation est le Mouvement des jeunes combattants ("shebab" veut dire jeune)».

Décapitations, flagellations et amputations

Officiellement alliée à Al-Qaida depuis un an, il s’agit d’une coalition regroupant des djihadistes somaliens et étrangers, une fraction radicalisée de l’islam politique somalien, des partisans de Takfir wa Hijra («Excommunication et Hégire») ainsi que des Somaliens «pris par la guerre civile», indique l’expert qui évoque ainsi «une hétérogénéité idéologique et politique significative au sein des shebab».

De manière générale, les militants entendent imposer en Somalie une version stricte de la charia, la loi islamique. En 2010, un rapport de l’ONG Human Rights Watch indiquait qu’Al-Chabaab avait apporté une certaine stabilité dans les vastes zones rurales que le groupe islamiste contrôle encore, mais à «un coût élevé pour la population locale», notamment les femmes et les jeunes, enrôlés de force parmi les combattants. Les rebelles pratiquent décapitations, flagellations et amputations, et interdisent notamment la musique et le football dans les zones qu’ils contrôlent.

Une zone de contrôle qui se réduit

Territorialement, les shebab sont cependant en perte de vitesse depuis un an. Pourchassés par les soldats de la force mixte Nations unies-Union africaine (Amisom) et de l'armée gouvernementale, ils ont perdu une bonne partie de leurs principaux bastions urbains dans le sud et le centre de la Somalie depuis leur offensive en 2007, même s’ils refusent toujours de l’admettre. Les rebelles ont également évacué Mogadiscio, la capitale, en août 2011 et perdu leur fief de Kismayo, dans le sud, il y a près de quatre mois.

D'après les autorités, de nombreux combattants se seraient alors repliés dans les montagnes à l'ouest de Bossaso, au Puntland, région semi-autonome du nord de la Somalie épargnée jusqu'ici par les violences islamistes. Mais là encore, les shebab nient, estimant pouvoir se contenter des zones qu’ils occupent dans le sud et au centre du pays.