Somalie: Les raisons de l'échec de l'opération française

INTERNATIONAL Les soldats français ont fait notamment face à une résistance «plus forte que prévu» de la part des islamistes...

Maud Pierron

— 

Les autorités françaises et la DGSE sont toujours restées très discrètes sur cet agent, considéré comme "très solide", et sur les efforts entrepris pour tenter de le faire libérer.
Les autorités françaises et la DGSE sont toujours restées très discrètes sur cet agent, considéré comme "très solide", et sur les efforts entrepris pour tenter de le faire libérer. — afp.com

Comment a été menée l’opération?
Samedi, la DGSE (service français de renseignement extérieur) a lancé une opération en Somalie pour tenter de libérer un de leurs agent, Denis Allex enlevé le 14 juillet 2009 à Mogadiscio. L’opération a été menée avec le Commandement des opérations spéciales (COS) et les trois armées. L’opération a été menée depuis des navires de guerre situés sur la côté somalienne, d’où six hélicoptères ont décollé pouir rejoindre la localité de Bulo Marer, où l’otage a été localisé. Une cinquantaine d’hommes de commandos ont été déployés sur place pour des combats «d’une grande violence» selon Jean-Yves Le Drian, qui ont duré «45 minutes».

Quel est le bilan?
Très lourd. Dans un premier temps, le ministre de la Défense a annoncé la mort d’un soldat tué au combat et a ajouté que «tout donne à penser» que l’otage a été éxécuté. Un autre soldat est «manquant», a ajouté Jean-Yves Le Drian alors que dimanche, François Hollande a parlé de la mort de «deux soldats». Les Shebab ont, de leur côté, annoncé avoir capturé un soldat blessé et que Denis Allex n’avait pas été exécuté mais qu’il était en attente de jugement. Lundi, ils ont publié sur leur compte Twitter une photo d’un soldat français mort. Ils ont précisé que Denis Allex avait été jugé mais n’ont pas précisé la sentence. Par ailleurs, huit civils auraient trouvé la mort dans les combats.

Pourquoi l’opération a viré au fiasco?
Ce type d’opération est par nature très difficile. Les soldats français ont fait face à une résistance «plus forte que prévu» de la part des islamistes, a expliqué Jean-Yves Le Drian. Les armes lourdes utilisées par les miliciens ont été «sous évaluées», a-t-il ajouté au JT de France 2. Un paramètre qui peut s’expliquer par le laps de temps entre le renseignement donné – il y a environ un mois – et le moment de l’opération, explique pour 20 Minutes Jean-Jacques Cécile, ex-agent de renseignement militaire. «Dans ce cas là, tout dépend de la fraîcheur du renseignement, la situation peut bouger en 24 heures», explique-t-il. Or, cette opération aurait pu avoir lieu avant mais l’armée, et c’est logique, a attendu que toutes les conditions soient réunies. Jean Guisnel, journaliste spécialiste des question de défense précise sur son blog: «il fallait que la lune [la pleine lune permet aux commandos d’avancer plus facilement], la marée et la météo soient conformes aux besoins». «La clé de la réussite est dans la rapidité d’action», ajoute l’ancien militaire. Or dans ce cas, les cinquante commandos ont été débarqués à trois kilomètre du lieu où se trouvait l’otage. Ils ont été repéré par la population locale qui a alors eu le temps de prévenir les shebab. De ce fait, Denis Allex a été changé de maison et les shebab ont pu appeler des renforts.

La Somalie, un terrain particulier
La Somalie est présenté comme l’un des Etats les plus dangereux du monde, où la présence occidentale y est réduite à peau de chagrin, ce qui complique la donne pour toute intervention de terrain. «C’est un terrain extrêmement compliqué, où il n’y a plus d’Etat depuis vingt ans, plus d’infrastructure et qui fonctionne ainsi. On a débarqué sans prendre de précaution particulière, à 3 km du lieu: le temps qu’ils se déploient, l’oiseau s’était envolé», explique Marc Lavergne, directeur de recherche du CNRS et bon connaisseur du pays. Par ailleurs, insiste-t-il,  «il y a une solidarité clanique très forte. Il ne faut pas caricaturer: ce ne sont pas des gens qui n’ont pas d’assises, qui viennent de l’extérieur. Ce sont des fils du village. La religion n’a rien à voir, ce sont des jeunes chômeurs qui sont prêt à faire la guerre pour n’importe quoi». Et «très bien équipé, avec des téléphones satellitaires», car l’argent, issu de la piraterie, ou du trafic de drogue, circule.

Fallait-il intervenir alors que la France se préparait à une intervention au Mali?
Les deux opérations sont «totalement déconnectées» n’a cessé de dire Jean-Yves Le Drian.  Cela fait «un mois» que la France préparait son opération, a révélé Jean-Yves Le Drian. « La Somalie était en préparation depuis longtemps. L’opération s’est lancée ce week-end car la DGSE a trouvé le moment opportun. Hollande a donc donné son feu vert en assumant la décision », dit-on à l’Elysée. Pour Jean-Jacques Cécile, un ex-agent des renseignements militaires, il fallait y aller car l’information était juste. « Le plus compliqué, c’est toujours d’avoir la bonne information sur la localisation de l’otage, et là ça a plutôt réussi», juge Jean-Jacques Cécile. «Dans la guerre, on n’est jamais sûr de rien. On peut toujours avoir des plans mais la théorie se heurte au chaos du terrain. Si on a une information, il faut forcer la chance. On ne sait pas si ne sera pas pire ensuite.». Jean-Yves Le Drian le dit autrement: «On n'a pas réussi mais il fallait prendre le risque parce que Denis Allex était enfermé dans des conditions inhumaines depuis trois ans et demi, que les négociations étaient irréalisables et que nous avions la certitude qu'il se trouvait dans ce lieu, donc le devoir, je pense, était d'intervenir».