La presse fête l'héritier du Trône mais prône toujours une héritière

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L'influente presse japonaise célébrait jeudi la naissance du premier héritier mâle au sein de la famille impériale depuis plus de 40 ans, tout en appelant à poursuivre le débat sur l'accession des femmes au Trône du Chrysanthème afin d'éviter une nouvelle crise de succession.
"Il s'agit d'un évènement béni pour la famille impériale et nous lui adressons, du plus profond du coeur, toutes nos félicitations", se réjouit le premier quotidien nippon Yomiuri dans un éditorial.
La naissance, mercredi, d'un héritier au trône impérial a repoussé d'une génération la crise de succession menaçant la plus ancienne dynastie du monde qui s'est transmise selon la filiation patrilinéaire depuis 2.600 ans selon la légende (au moins 1.500 ans selon les historiens).
Le nouveau né, fils de la princesse Kiko et du prince Akishino, puîné de l'Empereur Akihito, est le troisième dans l'ordre de succession après son père et son oncle, le prince héritier Naruhito, lequel n'a eu jusqu'à présent qu'un seul enfant, une fille.
Si sa naissance règle momentanément la crise de succession, elle ne doit pas forcément signifier l'enterrement du projet de réforme du Code impérial visant à autoriser les femmes à accéder au trône, que le Premier ministre Junichiro Koizumi avait tenté en vain de faire passer il y a quelques mois, estime la presse.
"Il n'est désormais plus nécessaire de tirer des conclusions dans l'urgence, mais les discussions sur le sujet doivent se poursuivre", plaide le Yomiuri (conservateur).
En février, l'annonce surprise de la grossesse de Kiko avait renforcé le camp des traditionnalistes opposés à l'idée d'une impératrice et contraint M. Koizumi à renoncer à sa réforme.
La perspective, même lointaine, d'une nouvelle crise de succession et la nécessité de s'en prémunir sont évoquées par l'ensemble de la presse.
"La naissance du premier (héritier) mâle au sein de la famille impériale depuis 41 ans a pour le moment résolu la crise de succession. Mais à long terme, l'inquiétude subsiste", insiste le quotidien Mainichi (centre-gauche).
"La stabilité de la famille impériale reste soumise à la destinée tant que restera en vigueur la loi imposant une lignée patrilinéaire. Ayant aujourd'hui une idée plus claire des prétendants au trône pour les prochaines décennies, nous devons discuter d'un amendement au Code impérial", prône le Mainichi.
Le grand quotidien économique libéral Nihon Keizai (Nikkei) et le journal de gauche Asahi souhaitent aussi relancer le débat sur la succession.
Le Mainichi estime par ailleurs que la révision du Code impérial, loin de concerner la Cour, nécessite également de se pencher sur ce que représente l'Empereur ainsi que sur la relation du souverain avec son peuple.
Si l'actuelle Constitution du Japon ne lui confère qu'un rôle symbolique, l'institution impériale reste extrêmement respectée dans l'Archipel.
Dans le même temps, les jeunes générations sont de plus en plus indifférentes à la famille impériale en des temps où celle-ci est sous pression pour s'adapter à la modernité.
Après avoir souhaité que Kiko donne naissance à une fille pour accélérer l'accession au trône d'une impératrice, le quotidien anglophone The Japan Times juge une réforme de la succession inévitable.
Le Japon doit la mettre en oeuvre "sur la base de la Constitution définissant l'Empereur comme le symbole de l'Etat et sur le principe constitutionnel de l'égalité des sexes qui devrait régir la société japonaise", selon le Japan Times.
Ces aspirations sont toutefois loin d'être partagées par le nationaliste Sankei, lequel voit en la naissance d'un garçon le moyen d'aider le Japon à surmonter "la morale décadente de la vie moderne".