Italie: Le suspense continue sur une candidature de Monti comme Premier ministre

POLITIQUE Sollicité avec insistance pour se lancer dans la bataille des législatives, «il Professore» doit en dire davantage sur ses intentions dimanche matin...

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Avec la démission de Mario Monti, la campagne pour les législatives de février est officiellement ouverte, mais le suspense durera jusqu'à dimanche quant à une éventuelle candidature du "Professeur", pressé par ses partenaires européens, les milieux d'affaires et l'Eglise de se lancer dans cette bataille politique.
Avec la démission de Mario Monti, la campagne pour les législatives de février est officiellement ouverte, mais le suspense durera jusqu'à dimanche quant à une éventuelle candidature du "Professeur", pressé par ses partenaires européens, les milieux d'affaires et l'Eglise de se lancer dans cette bataille politique. — Vincenzo Pinto afp.com

Avec la démission de Mario Monti, la campagne pour les législatives de février est officiellement ouverte mais le suspense durera jusqu'à dimanche quant à une éventuelle candidature du «Professeur», pressé par ses partenaires européens, les milieux d'affaires et l'Eglise de passer du statut de technocrate à celui d'homme politique.

Le président Giorgio Napolitano a entamé ce samedi les consultations des chambres et des groupes parlementaires, prévues par la Constitution, avant la dissolution du parlement et la convocation des élections anticipées, prévues pour les 24 et 25 février. Dans une Italie en récession et pas complètement à l'abri d'une nouvelle tempête sur la zone euro, Mario Monti, ex-commissaire européen, a été sollicité avec insistance pour se lancer dans la bataille des législatives.

Circonspection

Il se trouverait à la tête d'une coalition qui regrouperait les ex-démocrates chrétiens et les laïcs du «Mouvement vers la Troisième République» de Luca di Montezemolo, patron de Ferrari. Le «Professeur» en dira davantage sur ses intentions dimanche matin lors de sa «conférence de presse de fin d'année». Mais les chroniqueurs politiques qui, deux jours plus tôt, annonçaient en fanfare sa «descente» dans l'arène politique, sont beaucoup plus circonspects ce samedi.

«Monti freine sur son entrée en politique», titre le Corriere della Sera, premier quotidien du pays, tandis que Repubblica glosait sur «les doutes de Monti, tenté de dire non». La Stampa était encore plus affirmative: «Monti a choisi de rester en réserve de la République», affirme le journal. Il pourrait être un Premier ministre de secours au cas où il n'y aurait pas de majorité claire au parlement fin février, ou être élu à la présidence pour prendre la suite de Giorgio Napolitano, 87 ans dont le mandat s'achève à la mi-mai.

Mario Monti dispose d'autres options comme succéder à Jean-Claude Juncker et devenir le «Monsieur Finance» de la zone euro, un poste sur mesure pour l'ancien professeur d'économie. Mario Monti a renoncé, selon la Stampa, à mener la coalition des «modérés», et présentera dimanche un «Mémorandum pour l'avenir de l'Italie» pour défendre la «cure amère» d'austérité imposée à la troisième économie de la zone euro et dresser la liste des «choses à faire».

«Des obstacles hauts comme des montagnes»

Pour Stefano Folli, éditorialiste du Sole 24 Ore, Mario Monti fait face «à un dilemme et à des obstacles hauts comme des montagnes»: il avait l'ambition de proposer aux Italiens une «révolution libérale en économie, un nouveau sens de l'Etat et un agenda pour avoir un rôle digne en Europe». Mais les partis qui auraient soutenu la «Liste Monti» devaient faire le ménage pour ne soumettre que des «candidatures propres», un pari difficile face à l'ampleur des scandales de corruption qui ont touché le centre et la droite ces dernières années.

Autre problème: s'engager directement dans la course aux législatives signifierait pour Mario Monti de rivaliser avec Pier Luigi Bersani, le chef de file de la gauche, favori pour devenir Premier ministre fin février, avec 30 à 35% des intentions de vote. Cela voudrait dire affronter aussi son bouillant prédecesseur Silvio Berlusconi, qui est de nouveau en campagne depuis début décembre et occupe l'espace médiatique pour remonter dans les sondages alors que son parti PDL est tombé à 15/20%.

Silvio Berlusconi avait proposé à Mario Monti de diriger à sa place une coalition de centre-droit qui devait inclure le PDL. Mais le «Professeur» ne lui a pas répondu, «même pas par un coup de fil», selon «Il Cavaliere». La rupture entre les deux hommes est totale et le Cavaliere, toujours tonique à 76 ans, a haussé le ton au fil de ses interventions contre la politique du gouvernement sortant, soumise, selon lui, aux diktats d'une Allemagne «hégémonique en Europe».

Autre élément défavorable à une candidature Monti: il y perdrait son image d'homme d'Etat au-dessus des partis. Or, pendant les 13 mois de son mandat, il est resté populaire (autour de 40%) malgré la dureté des mesures adoptées grâce à sa neutralité. Selon un sondage de l'institut SWG réalisé les 18 et 19 décembre, publié ce samedi, 60% des Italiens s'opposent à sa candidature. Et selon le même sondage, s'il était candidat, la nébuleuse centriste gagnerait seulement cinq points, passant de 9,4% des suffrages à 15,4%. Sans doute trop peu pour ce grand commis habitué à être le premier de la classe.