Le Cameroun déploie l'armée face au braconnage

Avec Reuters

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Le comité d'accueil du parc national camerounais de Bouba Ndjida, destination autrefois prisée des amateurs de safari, ne déparerait pas un champ de bataille. Confronté à la menace de braconniers soudanais montés à cheval et armés de mitraillettes, le Cameroun a déployé il y a un mois des hélicoptères militaires et 600 soldats pour protéger ce vaste espace du nord-ouest du pays et ses animaux.

Cette décision d'en appeler à l'armée a été provoquée par une incursion spectaculaire menée par des chasseurs d'ivoire venus du Soudan l'hiver dernier. Trois cents éléphants, soit 80% de la population d'éléphants du parc, ont été tués en quelques semaines. Munis de fusils remontant à la Première Guerre mondiale, les gardes étaient sans défense face aux braconniers qui ont tranché le visage des bêtes pour récupérer l'ivoire et laissé leurs cadavres se décomposer.

«Tout braconnier qui se retrouve ici sera anéanti»

Les autorités affichent leur détermination à empêcher qu'une telle scène se reproduise et l'ont fait savoir. «Avec ce genre de déploiement, le message est très clair», explique le général Martin Tumenta. «Tout braconnier qui se retrouve ici sera anéanti.» Equipée d'hélicoptères, d'appareils de vision nocturne et de nombreuses jeeps, l'armée camerounaise a établi deux garnisons dans le parc et plusieurs camps le long de la frontière avec le Tchad et la République centrafricaine, a ajouté l'officier.

Le massacre sans précédent de janvier-février 2012 a marqué le point culminant d'une année record pour le vol d'ivoire, une industrie à plusieurs milliards de dollars nourrie par la demande d'ivoire venue d'Asie, en particulier de Chine. «Il est clair qu'on a affaire à un groupe très fortement armé transportant des mitraillettes et des mortiers», a déclaré le général Tumenta.

Le World Wildlife Fund (WWF) a salué le déploiement militaire comme une décision «audacieuse et courageuse» pour protéger une population d'éléphants qui diminue dans la région. Certains habitants trouvent au contraire la présence des militaires perturbante. «C'est très dangereux maintenant parce que les soldats sont partout dans la brousse», déclare Saidou Sule, un agriculteur d'un village proche de Garoua, une centaine de km au sud du parc.