Tuerie de Newtown: «La France aussi a eu des tueurs de masse»

Propos recueillis par Isabelle Raynaud
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Des élèves ont été évacués de l'école primaire Sandy Hook, à Newtown, dans le Connecticut, après une fusillade, le 14 décembre 2012.
Des élèves ont été évacués de l'école primaire Sandy Hook, à Newtown, dans le Connecticut, après une fusillade, le 14 décembre 2012. — S.HICKS/AP/SIPA

Colombine, Virginia Tech ou Denver... Dans  les mémoires collectives, les tueries collectives sont l'apanage des  Etat-Unis. Erreur, depuis les années 90 le phénomène s'est mondialisé,  même la France a ses tueurs de masse.

Qu’est-ce exactement qu’un tueur de masse?

Il faut bien distinguer le tueur de masse du  tueur à la chaîne et du tueur en série. Un tueur de masse tue en moins  de 24 heures, dans un seul lieu et son but est de tuer le plus grand  nombre de personne possible. Il tue des personnes non pour leur  identité propre mais pour la catégorie de personnes qu’ils représentent  (femmes, élites…). Un tueur à la chaîne tue sur une période plus longue,  entre 24 heures et 30 jours,  et il précise plus sa cible. Mohammed  Merah, par exemple, s’en est pris à des musulmans qu’il considérait  comme «traîtres» à leur religion ou des juifs. Enfin un tueur en série  commet ses meurtres sur une longue période,  supérieure à 30 jours, et il a un rapport particulier avec ses victimes  qu’il a choisies précisément.

Selon cette qualification, il semble que la France échappe au phénomène des tueurs de masse…

Non, la France en a connu quelques-uns. Comme la tuerie de Nanterre, en mars 2002, où huit élus, qui représentent une élite locale aux yeux du tueur, ont été abattus lors d’un conseil municipal. Mais il y a eu aussi à Tours en octobre 2001 Jean-Pierre Roux-Durrafourt qui a parcouru le centre-ville en tirant au hasard. Il a fait quatre  morts et sept blessés.

Le tueur de masse n’est donc pas une spécificité américaine?

Pas du tout. Même si les Etats-Unis sont les plus touchés. Entre 1984 et 2008, deux tiers des tueries de masse ont eu lieu aux Etats-Unis. Sur la période, l’Europe a  connu plus de 30 massacres, ce n’est donc pas marginal. On en recense  par exemple quatre en Allemagne et ils ont tous concerné des moins de 18  ans.

On se souvient pourtant surtout des tueries américaines…

C’est certainement parce que le nombre de  morts est plus important aux Etats-Unis du fait du type d’arme utilisé.  Plus il y a de morts, plus l’événement est retentissant comme à  Virginia Tech ou Columbine.

Dans votre livre, vous montrez que le phénomène connaît un boom aux Etats-Unis au tournant des années 70 et 80, et qu’il touche l’Europe dans les années 90. Est-ce que ce la veut dire que les tueries vont se faire de plus en plus nombreuses?

Si j’avais la réponse! Ce qu’on a pu observer,  c’est que la législation sur les armes comme en Australie et au Canada a  un effet. Il y a moins de tueries. Mais cela ne les empêche  pas complètement. L’enregistrement des armes par exemple limite la  possibilité de s’en procurer facilement. Mais qu’est-ce qui prouve que  c’est bien la personne enregistrée qui est celle qui se sert de l’arme? Si quelqu’un  veut tuer, il trouvera une solution. En Chine et au Japon, les tueurs de masse utilisent surtout des couteaux.

Comment faire pour se protéger des tueurs de masse alors?

Souvent les tueries arrivent dans des sociétés où  l’individualisme est important et où on valorise les «winners». Les  tueurs de masse vont d’échec en échec, ils se retrouvent isolés  socialement, ne rentrent pas dans les codes et se désocialisent. Plutôt  que de retourner leur haine contre eux, ils se retournent contre des  «coupables» et les punissent. Une fois leur «mission» accomplie, ils se  suicident ou obligent les forces de l’ordre  à les abattre.

En revanche, il n’a jamais été prouvé que les jeux  vidéo, les fils ou la musique créent des tueurs de masse. Ils ont un  penchant pour la mise en scène et réutilisent les codes de  la culture populaire, dans laquelle ils vivent. Elle n’influence pas  leur passage à l’acte.