Autriche: Un aristocrate lobbyiste jugé pour blanchiment d'argent

avec AFP

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L'aristocrate et lobbyiste autrichien Alfons Mensdorff-Pouilly est jugé à partir de mercredi par le tribunal de Vienne, où il devra répondre du chef d'accusation de blanchiment d'argent dans le cadre d'une affaire liée au groupe de défense britannique BAE Systems.
L'aristocrate et lobbyiste autrichien Alfons Mensdorff-Pouilly est jugé à partir de mercredi par le tribunal de Vienne, où il devra répondre du chef d'accusation de blanchiment d'argent dans le cadre d'une affaire liée au groupe de défense britannique BAE Systems. — Dieter Nagl afp.com

L'aristocrate et lobbyiste autrichien Alfons Mensdorff-Pouilly est jugé à partir de ce mercredi par le tribunal de Vienne, où il devra répondre du chef d'accusation de blanchiment d'argent dans le cadre d'une affaire liée au groupe de défense britannique BAE Systems.

Ce propriétaire terrien haut en couleur de 59 ans, homme d'affaires que la presse autrichienne qualifie de lobbyiste dans le domaine militaire, est accusé d'avoir touché 12,6 millions d'euros de BAE Systems entre 2000 et 2008. Cet argent a servi, selon le parquet, à persuader des «décideurs» en République tchèque, en Hongrie et en Autriche d'acquérir des avions militaires. Inculpé entre autres pour blanchiment d'argent et association de malfaiteurs, le «comte Ali» comme l'ont surnommé les médias, risque jusqu'à cinq ans de prison. L'intéressé plaide non coupable.

Faux témoignages

Le procureur Michael Radasztics s'est dit persuadé que les sommes en provenance de BAE Systems avaient servi «à des actes de corruption», mais reconnu qu'il n'était pas en mesure de le prouver. Les enquêteurs n'ont pu retrouver aucun document en ce sens et n'ont pas non plus de témoins. «Le résultat est que je ne peux pas porter l'accusion de corruption», a-t-il admis.

L'avocat ne s'est pas privé de railler le procureur, qui n'a selon lui rien de sérieux contre son client, également accusé de faux témoignage et de falsification de preuves. «Croyez-vous que si Mensdorff falsifiait quelquechose, cela ne serait pas impeccable?», a lâché Harald Schuster.

Le procès s'annonce donc très délicat pour le parquet. D'autant plus que BAE System est plus que réticent à revenir sur le sujet, après avoir en 2010 accepté de payer un total de 450 millions de dollars (400 millions aux Etats-Unis et 30 millions de livres au Royaume-Uni) pour solder toutes les affaires de corruption potentielle dont il était accusé, en s'engageant à améliorer son comportement.

Manque de témoins

Alfons Mensdorff, marié à une ancienne ministre autrichienne, avait gagné un procès contre les autorités britanniques après avoir été incarcéré pendant six jours en Grande-Bretagne en 2010 et obtenu des dommages de quelque 430.000 euros. «Si j'avais su, je serais resté quatre semaines», avait-il déclaré.

Le parquet manque aussi cruellement de témoins pour étayer le dossier, soulignent de nombreux observateurs, notamment Timothy Landon, apparemment agent secret et personnage tout aussi haut en couleur que le comte. Cet homme, décédé en 2007, qui aurait été impliqué dans un coup d'Etat à Oman en 1970, avait fait en sorte que BAE emploie Alfons Mensdorff.

Le procès doit être clos le 17 janvier, mais les médias estiment qu'il pourrait durer plus longtemps.