Italie: Vers des élections anticipées après les annonces choc de Berlusconi et Monti

ITALIE Le chef du gouvernement a annoncé sa décision «irrévocable» de démissionner, tandis que le Cavaliere compte bien se faire réélire...

avec AFP

— 

Mario Monti à Cannes le 8 décembre 2012.
Mario Monti à Cannes le 8 décembre 2012. — REUTERS/Eric Gaillard

L'Italie se prépare à des élections anticipées après deux coups de théâtre samedi: l'annonce par Silvio Berlusconi qu'il sera candidat pour gouverner à nouveau le pays, et celle de son successeur Mario Monti, de son imminente démission.

La crise politique, qui couvait depuis plusieurs jours, s'est accélérée en une journée. A l'issue d'une rencontre d'urgence samedi avec le président Giorgio Napolitano, Mario Monti a indiqué sa décision «irrévocable» de jeter l'éponge après le vote du budget prévu d'ici la fin de l'année. «J'ai mûri la conviction qu'on ne pouvait pas continuer à aller ainsi de l'avant», a-t-il confié au quotidien Corriere della Sera.

Il a précisé avoir tenu à faire cette annonce samedi, alors que les marchés sont fermés, pour ne pas y créer de réactions intempestives.

Une question de timing

Selon ce journal, le chef du gouvernement a été particulièrement «indigné» par les déclarations du secrétaire général du PDL (parti de Berlusconi, Peuple de la liberté) Angelino Alfano, vendredi, lorsque ce parti avait décidé de ne pas voter un texte s'attaquant aux coûts de la politique. Il avait perçu l'attitude du PDL comme une trahison.

Si la démission de l'ancien commissaire européen intervient d'ici fin décembre, les Italiens pourraient voter fin février ou début mars. Un délai de 45 à 70 jours est prévu entre la dissolution des chambres et un nouveau scrutin.

Pari risqué pour le Cavaliere

Silvio Berlusconi, 76 ans, qui se présente pour la sixième fois, a annoncé samedi qu'il allait consulter les dirigeants du PDL. Il a pris des contacts dans le monde du sport, de l'université, de l'économie, pour faire «surgir des visages nouveaux». Il doit aussi renouer les contacts avec son ancien allié, la Ligue du Nord (populiste) qui ne l'avait pas suivi il y a un an dans son soutien au gouvernement Monti.

Le Cavaliere devrait axer sa campagne sur les impôts trop lourds qui grèvent les budgets des classes moyennes, l'absence de croissance, et adopter un ton critique à l'encontre d'une Europe qu'il décrit volontiers comme soumise aux bonnes volontés de l'Allemagne. Une réunion sur les élections anticipées en Lombardie (programmées en mars) était prévue dimanche dans la résidence de Silvio Berlusconi à Arcore.

Le pari de Berlusconi est tout sauf gagné: le PDL, qui a annoncé vouloir voter le budget, est en pleine contradiction et au bord de la scission entre modérés et aile droite. Un récent sondage le créditait de moins de 14% (13,8%) au prochain scrutin national.

Vers «un grotesque spectacle de démogagie en Italie»

La presse italienne était très inquiète et généralement sévère avec le «coup» de Berlusconi, qui se représente à 76 ans, alors qu'il a plusieurs procès et condamnations sur le dos: «Un geste qui révèle les chantages du Cavaliere», titrait le directeur de La Repubblica, Eugenio Scalfari. Le quotidien de centre droit La Stampa évoquait «les peurs de ceux qui nous regardent de l'extérieur». «Mais si nous pouvons appréhender le printemps prochain avec préoccupation mais non avec angoisse, nous le devons à la fermeté de Monti. Personne ne doit l'oublier, si nous ne voulons pas que le monde assiste en 2013 à un grotesque spectacle de démogagie en Italie».

Car la démarche de Mario Monti est en revanche largement saluée. Le chef du parti de centre gauche, le Parti démocrate (PD), qui est aussi son candidat -bien placé- aux élections, Pierluigi Bersani, a relevé son «acte de dignité» face à «l'irresponsabilité» de la droite «qui a trahi l'engagement pris il y a un an».

Dans l'entourage de Monti, on souligne que celui-ci a voulu dire «"non" aux anciennes et mauvaises politiques, au populisme». Mais on se veut rassurant: «Les marchés ne devraient pas se faire trop de souci. Les élections sont prévues, de toutes façons. Et l'Italie est dans un état bien meilleur, avec des finances publiques solidifiées et des réformes qui accroissent son potentiel de croissance».

Selon le Corriere, la décision donne à Mario Monti les mains libres et il n'est pas exclu qu'il puisse s'engager en politique: ce qui est l'espoir notamment des centristes et d'une partie de la droite qui ne veulent plus rien avoir à faire avec le «berlusconisme» qui a dominé l'Italie pendant près de 20 ans.