Argentine: la loi antitrust sur les médias suspendue par la justice

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La Cour suprême argentine a rejeté lundi un recours exceptionnel présenté par le gouvernement afin d'obtenir qu'une loi antitrust puisse s'appliquer à Clarin, le principal groupe de presse du pays.
La Cour suprême argentine a rejeté lundi un recours exceptionnel présenté par le gouvernement afin d'obtenir qu'une loi antitrust puisse s'appliquer à Clarin, le principal groupe de presse du pays. — Juan Mabromata afp.com

Une loi antitrust qui devait entrer en vigueur vendredi et contraindre Clarin, principal groupe de médias du pays, à la cession d'actifs, a été suspendue par la justice à la dernière minute dans un revers pour la présidente Cristina Kirchner.

Une cour d'appel a "décidé de prolonger la suspension" obtenue par Clarin "jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la constitutionnalité de la loi" sur les médias audiovisuels (2009), selon l'arrêt publié par le Centre d'information judiciaire (CIJ).

Cette décision représente un revers pour Mme Kirchner qui est en guerre avec le groupe Clarin depuis cinq ans et comptait lancer le processus de transfert et d'appel d'offres dès vendredi.

"Ce vendredi, il sera demandé à la Cour Suprême, par le biais d'un +per saltum+ (procédure directe), d'annuler l'arrêt de la Cour", a annoncé le ministre de la Justice Julio Alak. "L'arrêt est absolument arbitraire et n'a pour but que la prolongation d'une suspension absurde", a-t-il dit à la presse.

Cette loi, qui limite le nombre de réseaux de télévision par câble, de chaînes et de radios pour un même groupe, devait s'appliquer notamment au groupe Clarin, critique féroce du gouvernement.

Le processus de transfert et d'appel d'offres devait débuter le 7 décembre pour tous les groupes qui n'auraient pas présenté un plan de mise en conformité avec la loi sur les médias, prévoyant une cession de licences.

L'arrêt de la cour d'appel a fait sensation alors que les autorités et Clarin se livrent une féroce bataille judiciaire.

La Cour suprême avait arrêté que le 7 décembre prenait fin la suspension obtenue par Clarin de l'application de la Loi sur les médias audiovisuels (2009).

L'opposition, de son côté, accuse le gouvernement de vouloir bâtir un réseau de médias acquis à sa cause, sous prétexte de lutter pour la diversité et contre les monopoles.

"Le pouvoir exécutif a cherché, à travers cette loi, à limiter le pouvoir d'un média important et critique comme Clarin", a assuré à l'AFP le sénateur radical (opposition) Arturo Vera.

C'est pourtant le prédécesseur de Mme Kirchner, son mari décédé en octobre 2010 Nestor Kirchner (2003-2007), qui avait tranché en faveur de Clarin, autorisant la fusion des deux plus grandes compagnies de télévision par câble appartenant au groupe.

"Quand Clarin soutenait le gouvernement, toutes les licences lui étaient accordées", rappelle également le sénateur.

"Le gouvernement ne considère pas que la liberté d'expression soit l'un des piliers du système démocratique", estime pour sa part la sénatrice du Front Progressiste (centre-gauche), la journaliste Norma Morandini. "Cela m'inquiète", a-t-elle confié à l'AFP.

Les sénateurs Vera et Morandini sont signataires d'une déclaration de membres de l'opposition qui sera remise vendredi à une délégation de la Société interaméricaine de presse (SIP) dépêchée en Argentine pour suivre de près l'évolution du dossier.

En revanche, pour l'un des directeurs de l'Autorité fédérale des services de communication audiovisuelle (AFSCA), Eduardo Seminara, la loi doit permettre "une plus grande diversité".

"Une compagnie (le groupe Clarin) contrôle 70% du marché des médias", explique-t-il. "Cela va à l'encontre de la démocratisation de la parole que nous recherchons".

Les autorités font valoir que grâce à cette loi sur les médias, une première chaîne aborigène d'Argentine commencera vendredi ses émissions depuis la ville de Bariloche, près de la frontière avec le Chili.

Clarin estime que la nouvelle loi est faite sur mesure pour dépecer le groupe.

La rupture entre le gouvernement et Clarin date du premier mandat de la présidente (2007-2011) et s'est matérialisé par le slogan "Clarin ment", reproduit sur des affiches et des banderoles pro-Kirchner.

Le groupe Clarin possède, outre le journal éponyme le plus vendu du pays, plusieurs chaînes de télévision, des radios et des réseaux de télévision par câble. Son chiffre d'affaires a été en 2011 de 9,7 milliards de pesos (1,6 milliard d'euros), en hausse de 27,8% par rapport à l'année précédente.