L'après-Afghanistan, «un parcours du combattant» pour les soldats blessés

ARMEE Pour les soldats blessés en opérations extérieures, le retour à la vie normale est indécis...

Alexandre Sulzer

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A Percy, les blessés réapprennent à se servir de leur corps. Un appartement thérapeutique (à droite) sert de sas entre l'hôpital et le retour à la maison.
A Percy, les blessés réapprennent à se servir de leur corps. Un appartement thérapeutique (à droite) sert de sas entre l'hôpital et le retour à la maison. — Photos : J. JUNG / 20 MINUTES

C'est ce mois-ci que les dernières unités combattantes de l'armée française quitteront l'Afghanistan. Avec 88 morts, ce terrain d'opérations a été le plus meurtrier depuis la guerre d'Algérie. Mais dans une guerre, il n'y a pas de morts sans blessés: 725 soldats l'ont été en Afghanistan. Atteints physiquement comme psychiquement, ces blessés reviennent en France discrètement, sans faire la une des journaux.

Des blessures plus graves en Afghanistan

Pourtant, leurs vies ne seront plus jamais les mêmes. Notre dossier consacré à ces hommes et femmes, bien vivants, mais pas indemnes.Sur le parking de l'hôpital d'instruction des armées Percy de Clamart (Hauts-de-Seine), Antoine* fume. Seul un fixateur externe sur son bras gauche permet de le classer parmi les patients. Mais vu de plus près, son corps trahit l'effet de «blast» (explosion) qu'il a dû subir en Kapisa (Afghanistan) en juin dernier, lorsqu'un Pakistanais de 17 ans s'est fait sauter à quelques mètres de lui.

Les taches sur la peau? Les traces de petits éclats. D'autres ont lacéré son abdomen et son dos. Une phalange amputée? La conséquence d'un plus gros fragment qui lui a traversé la main. Cinq mois après l'attentat, ce maréchal des logis-chef vient à Percy une fois par mois: bilans, séances de kiné… Il ne sait pas combien de temps cela va durer, d'autant qu'«on n'est jamais à l'abri d'une infection». A Percy, c'est «un nouveau parcours du combattant» qui attend les soldats blessés, glisse Eric Lapeyre, chef du service de réadaptation. «Etre blessé, ce n'est pas un long fleuve tranquille, c'est l'affaire d'une vie.»

Car, si la blessure de guerre est une «pathologie spécifique», elle l'est «encore plus» avec l'Afghanistan où les «IED», ces explosifs placés sur les routes, provoquent lésions musculaires et osseuses, brûlures, polycriblages quand ils n'arrachent tout simplement pas les membres.

«L'arrêt brutal de la carrière, c'est le plus dur»

Tout au long des années 2011 et 2012, 15 à 20 militaires ont été soignés en permanence à Percy pour des blessures d'«Afgha». Un triste record. En moyenne, la phase aiguë de prise en charge (réanimation, chirurgie) dure cinquante jours. La rééducation, de trois mois à un an et demi. Kinés, neuropsychologues, psychomotriciens, ergothérapeutes, sophrologues agissent pour réapprendre les gestes du quotidien aux blessés. Avec un objectif, explique Eric Lapeyre: «Réinsérer le soldat au plus près de son régiment.»

Pour Bruno*, ce ne sera pas possible. En février, ce médecin des commandos paras a été blessé par un obus à l'épaule gauche en Kapisa. Deux mois et demi d'hospitalisation et il ne peut toujours pas lever son bras entièrement. Il a été muté en gendarmerie en septembre, «un truc pépère». «C'est l'arrêt brutal de la carrière qui est le plus dur.» A Percy pour deux semaines, il prépare un concours d'anesthésiste. Un poste qui lui permettrait de repartir en mission. «J'ai pas fait ce boulot pour être derrière un bureau.» Et puis, Bruno croit «en sa bonne étoile». «Je ne suis pas invulnérable, mais j'ai encore des choses à donner.»

*Les prénoms ont été modifiés.