Egypte: «L'opposition n'est pas capable de proposer une alternative»

INTERVIEW La mobilisation ne fera pas plier le Président Morsi, selon Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS affecté au Centre Jacques Berque de Rabat et spécialiste de l'Egypte...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Des opposants à Mohamed Morsi manifestent au Caire près du palais présidentiel, le 4 décembre 2012.
Des opposants à Mohamed Morsi manifestent au Caire près du palais présidentiel, le 4 décembre 2012. — REUTERS/Asmaa Waguih

Une grève générale, des manifestants attendus en masse pour marcher sur le palais présidentiel au Caire, des journaux influents qui suspendent leur publication, des hôtels et des restaurants sans lumière pendant une demi-heure ce mardi… La protestation ne faiblit pas en Egypte contre le projet de Constitution, adopté par l'Assemblée constituante où les Islamistes sont majoritaires, qui doit être l’objet d’un référendum le 15 décembre. Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS affecté au Centre J.Berque de Rabat et spécialiste de l'Egypte, explique à 20 Minutes pourquoi cette mobilisation ne fera, malgré tout, rien changer.

La mobilisation de l’opposition ce mardi peut-elle faire changer les choses?

Non. Les actions et la mobilisation de ce mardi ne changeront rien, comme la mobilisation et les manifestations qui ont eu lieu depuis la publication du décret élargissant les pouvoirs du président issu des Frères musulmans n’ont rien changé. Mohamed Morsi n’a pas reculé jusqu’à présent, et n’a plus que quinze jours à tenir, alors que les manifestations étaient plus fortes au tout début.

La seule chose qui était problématique pour Morsi c’est la grève des magistrats. Elle aurait mis en péril la tenue du référendum, puisqu’il doit y avoir un magistrat dans chaque bureau le jour du scrutin. Mais aujourd’hui cette inquiétude est levée: si une partie de la magistrature y reste opposée et sera gréviste ce jour-là, le Conseil judiciaire suprême a accepté lundi de superviser la consultation populaire sur le projet de Constitution.

Pourquoi l’opposition n’arrive pas à se faire entendre?

D’abord parce qu’elle n’est pas unie, et n’a pas de plate-forme d’action: elle est capable de s’unir pour réagir contre Morsi, mais pas pour proposer une alternative. Il y a beaucoup d’opposants -des libéraux plus ou moins laïcs pour la plupart-, mais il n’y a pas de véritable opposition.

Mais, au-delà de ce problème d’organisation, les opposants ne sont, en plus, pas dans une situation favorable à la base. En effet, ils ne représentent pas la majorité de la population égyptienne; c’est une minorité qui ne défend pas les préoccupations ou les valeurs de la majorité des Egyptiens. Ces derniers sont soit partisans des Frères Musulmans ou des salafistes, soit dans l’attente que les choses se calment et que la vie reprenne et l’essentiel pour eux c’est d’avoir une Constitution. Le reste n’a pas grand intérêt.

Le projet de constitution sera donc à coup sûr validé par le référendum, selon vous?

Il n’y a pas vraiment de suspense. Le référendum est, en bonne logique, gagné d’avance. Les Egyptiens vont voter pour la Constitution, car avoir une Constitution vaut toujours mieux que de rester sur l’ancienne. La seule question à laquelle il est impossible de répondre à ce jour, c’est le taux de participation. Le premier scrutin post-Moubarak a connu une forte mobilisation des électeurs, mais aujourd’hui l’attrait de la nouveauté est passé, et il y a peut-être un sentiment que l’échéance la plus importante n’est pas celle-ci, mais aura lieu dans deux mois et demi, lors des législatives.