Egypte: Nouvelle journée de manifestation anti-Morsi

CRISE L'opposition se mobilise une fois de plus contre le président Mohamed Morsi et le projet controversé de Constitution...

B.D. avec Reuters

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Rassemblement des opposants à Mohamed Morsi, place Tahrir, au Caire, le 4 décembre 2012.
Rassemblement des opposants à Mohamed Morsi, place Tahrir, au Caire, le 4 décembre 2012. — REUTERS/Asmaa Waguih

L’Egypte connaît ce mardi une nouvelle journée de mobilisation contre le président Mohamed Morsi, accusé par l’opposition de dérive autoritaire, et contre le projet de Constitution qui doit être soumis à référendum le 15 décembre prochain. Le Front de salut national, qui regroupe des partis de gauche, des libéraux et des socialistes, l'accuse de placer les intérêts de la confrérie musulmane avant les intérêts de la nation.

La police antiémeute, déployée autour du palais présidentiel, a tiré ce mardi des grenades lacrymogènes pour disperser des manifestants qui avaient prévu d'adresser une «dernière mise en garde» à Mohamed Morsi, selon les images de la télévision égyptienne. Des manifestants ont apparemment réussi à forcer les cordons de sécurité. «Le peuple veut la chute du régime», scandaient les protestataires.

Protestations contre «la dictature» de Morsi

Quelques centaines de manifestants se sont par ailleurs réunis près du domicile du chef de l'Etat, situé dans une banlieue ouest du Caire, où ils ont scandé des slogans hostiles au décret du 22 novembre et aux Frères musulmans. La police a bloqué la rue pour les empêcher de s'approcher de trop près, a indiqué un responsable des forces de sécurité. De nombreux journaux égyptiens indépendants ont suspendu leur parution ce mardi pour protester contre «la dictature» de Morsi et les banques ont prévu de fermer trois heures plus tôt.

Les Frères musulmans et leurs alliés du parti salafiste Al Nour, qui ont organisé une vaste manifestation de soutien au président Morsi samedi, s'estiment en mesure de mobiliser suffisamment d'électeurs pour remporter le référendum du 15 décembre malgré l'appel au boycott lancé par plusieurs juges. Dans une interview à CNN, le Premier ministre Hisham Kandil a estimé que le gouvernement espérait que les choses se calment après la tenue du référendum. La Constitution «n'est en aucun cas parfaite», mais un «consensus majoritaire» s'est formé en faveur de la tenue d'un référendum le 15 décembre, a-t-il ajouté.

«Ils risquent de provoquer une éruption de violence et de chaos»

Du côté de l'opposition, Mohamed ElBaradeï, coordinateur du Front de salut national, a appelé Mohamed Morsi à abroger son décret, à renoncer à l'idée d'un référendum et à parvenir à un accord sur une assemblée constituante davantage représentative de la population égyptienne. Dans une tribune publiée dans le Financial Times, l'ancien directeur général de l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIEA) accuse Morsi et les Frères musulmans de «croire qu'avec quelques coups de crayons ils pourront faire replonger l'Egypte dans le coma». «S'ils continuent, ils risquent de provoquer une éruption de violence et de chaos qui détruira la société égyptienne», prévient-il.

Selon un diplomate occidental, les islamistes misent sur un certain sentiment de nostalgie de l'ordre et de la stabilité économique des Egyptiens pour remporter la consultation populaire. «Tous les messages des Frères musulmans s'inscrivent dans l'idée qu'un vote pour la Constitution est un vote pour la stabilité et un vote contre est celui de l'incertitude», explique le diplomate.