Les grandes dates de l'Apartheid sud-africain

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Héros de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela, ancien président sud-africain qui fête mardi ses 88 ans, semble toujours en forme pour un homme de son âge ayant passé 27 ans en prison, mais ses apparitions publiques deviennent de plus en plus exceptionnelles.
Héros de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela, ancien président sud-africain qui fête mardi ses 88 ans, semble toujours en forme pour un homme de son âge ayant passé 27 ans en prison, mais ses apparitions publiques deviennent de plus en plus exceptionnelles. — Alexander Joe AFP/Archives
1910 : Mise en place de lois ségrégationnistes dans le cadre du Color Bar des colonies britanniques qui réglemente les relations interraciales.

1912 : Fondation de la SANNC (South African Native National Congress) qui deviendra ANC en 1923 et qui réunit, sous l’impulsion de Gandhi, des intellectuels noirs favorables à une revendication politique non-violente.

1913 : Le « Native Land Act » (loi sur les propriétés foncières indigènes) interdit aux noirs d’être propriétaires de terres en dehors des réserves (7,8% de la superficie de l’Afrique du Sud, élargi à 13% en 1936).

1917 : Premier usage public du mot « Apartheid » qui signifie « le fait de tenir à part » en afrikaans, dans un discours prononcé par le futur Premier ministre Jan Smuts

1922 : Des mineurs blancs manifestent contre l’embauche de noirs à des postes de responsabilités et provoquent une grève qui tourne à l’émeute (200 morts)

1923 : Le « Native Urban Areas Act » (loi sur les régions urbaines indigènes) introduit la ségrégation résidentielle dans les villes

1924 : Le National Party (NP) d’Hertzog arrive au pouvoir avec un programme de défense des intérêts afrikaners et le renforcement de la ségrégation raciale

1948 : Le rapport de la commission Fagan, mandatée par le gouvernement sud-africain, préconise une libéralisation du système racial en commençant par l’abolition des réserves ethniques. Le Premier ministre Jan Smuts approuve les conclusions du rapport mais l’opposition, représentée par le NP, mandate sa propre commission, appelée commission Sauer, qui recommande le durcissement des lois ségrégationnistes et se réfère explicitement au concept d’ « Apartheid ».
Le parti travailliste, de toutes les coalitions gouvernementales entre les deux guerres mondiales, se fait battre en juin aux législatives sur un programme novateur préconisant de nombreux droits pour les noirs et notamment le droit de vote. Le NP et son allié du Parti Afrikaner arrive au pouvoir avec le programme d’apartheid conceptualisée par la commission Sauer et appliquée par le nouveau Premier ministre, le pasteur Daniel François Malan. Contrairement au « Colour Bar », l’Apartheid se veut une philosophie immuable qui assure le « développement séparée » des communautés, selon les mots de son théoricien, le docteur Hendrik Verwoerd.

1949 : Interdiction des mariages interraciaux. L’ANC commence à prôner la résistance sous forme de grèves, de marches de protestation et de mouvements de désobéissance civile.

1950 : Le Population registration Act institue la classification raciale de la population entre blancs, noirs, indiens et métis. Le Group area act instaure des secteurs d’habitats séparés (homelands) alors que la loi d’immoralité pénalise les relations sexuelles entre noirs et blancs. La loi de suppression du communisme permet, elle, d’interdire tout parti politique catalogué comme communiste par le gouvernement.

1952 : Le port du pass (laissez-passer intérieur) devient obligatoire pour chaque Sud-Africain noir de plus de 16 ans

1953 : La loi sur les commodités publiques distinctes pousse la ségrégation dans les toilettes, les fontaines et tous les aménagements publics tandis que le droit de grève est retiré aux noirs

1954 : La loi de relocalisation des indigènes permet de déplacer les populations noires vivant en zones déclarées blanches

1955 : L’ANC adopte la Charte de la Liberté qui pose comme principe la réalisation d’une Afrique du Sud pluriethnique cogérée par les blancs et les noirs

1958 : Le nouveau Premier ministre, Hendrik Verwoerd, radicalise l’apartheid et annonce la création des Bantoustans (territoires autonomes), dix réserves sans infrastructures dans lesquelles il souhaite confiner les noirs

1960 : Des émeutes éclatent à Sharpeville pour protester contre les passeports intérieurs. Le 21 mars, la police tire dans la foule et fait 69 morts. L’état d’urgence est déclaré, l’ANC interdit.

1961 : Les pays membres du Commonwealth décident d’exclure la République sud-africaine, manifestant ainsi leur rejet de l’apartheid. L’ANC crée une branche armée appelée Umkhonto We Sizwe

1963 : Nelson Mandela, de l’ANC, est arrêté

1964 : Nelson Mandela est condamné à la prison à vie tandis que les Nations Unies appellent à des sanctions internationales contre l’Afrique du Sud

1976 : Révolte de Soweto contre l’imposition de l’usage de l’afrikaans dans les écoles noires. Le 16 juin, la police tire sur une manifestation d’étudiants. Commence une longue série de grèves et de manifestations qui font plus de 1000 morts en quelques mois.

1977 : Steve Biko, dirigeant du Mouvement de la conscience noire (qui insiste sur la notion de fierté noire), est arrêté et assassiné

1983 : Les métis et les indiens se voient octroyer le droit de vote grâce à une nouvelle Constitution mais pour élire des chambres séparées – et aux pouvoirs limités – de celles des blancs

1984 : Mrg Desmond Tutu reçoit le prix Nobel de la Paix. Les noirs déclenchent une série de manifestations violemment réprimées (95 morts)

1986 : Alors que les townships bouillonnent et que l’armée est déployée en permanence, l’Afrique du Sud compte quelque 8000 nouveaux prisonniers politiques. Le gouvernement de Pieter Botha assouplit l’Apartheid en abolissant la loi sur les laissez-passer et en permettant ainsi aux noirs de se déplacer librement en ville

1988 : La représente de l’ANC à Paris, Dulcie September, est assassinée

1989 : Frederik de Klerk est élu président de la République après la démission de Botha et entame des négociations avec l’ANC.

1990 : Les lois d’Apartheid sont abolies en février, l’ANC et le PC sont légalisés et Nelson Mandela libéré le 11 février

1991 : La CODESA (Convention for a Democratic South Africa) entame des négociations afin de former un gouvernement multiracial et de rédiger une nouvelle Constitution alors que la violence explose.

1992 : 68% des blancs approuvent, au cours d’un référendum, les réformes en cours. 49 sympathisants de l’ANC sont massacrés par des Zoulous dans le township de Boipatong, près de Johannesburg.

1993 : Abolition de l’Apartheid et instauration d’un régime démocratique.

1994 : Un accord entre le NP et l’ANC permet de planifier les premières élections multiraciales tandis que l’Onu lève les sanctions internationales. Nelson Mandela est élu à une large majorité à la tête de l’Etat.