La Palestine reconnue Etat observateur par l'ONU

DIPLOMATIE L'Assemblée générale de l'organisation reconnaît ainsi implicitement l'existence d'un Etat palestinien souverain...

F.F. avec Reuters

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Mahmoud Abbas à la tribune du siège de l'ONU, à New York, le 29 novembre 2012.
Mahmoud Abbas à la tribune du siège de l'ONU, à New York, le 29 novembre 2012. — HENNY RAY ABRAMS / AFP

Un premier pas pour la Palestine. L'Assemblée générale de l'ONU a reconnu ce jeudi implicitement l'existence d'un Etat palestinien souverain en lui accordant le statut d'Etat non membre observateur malgré les menaces de représailles financières brandies par les Etats-Unis et Israël contre l'Autorité palestinienne. Le projet de résolution accordant le statut d'«Etat non membre» à une Autorité palestinienne jusqu'ici mentionnée en tant qu'«entité» a été adopté par 138 voix pour, neuf contre et 41 abstentions.

Son président, Mahmoud Abbas, qui s'était lui-même chargé de rallier les suffrages des 193 Etats membres, avait avant le vote exhorté les délégués à donner à l'Etat palestinien «un certificat de naissance.»

«Un certificat de naissance de la réalité de l'Etat de la Palestine»


«Il y a exactement 65 ans, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 181, qui séparait la terre de la Palestine historique en deux Etats et qui est devenue le certificat de naissance d'Israël», a déclaré Mahmoud Abbas devant les délégués. «L'Assemblée générale est sollicitée aujourd'hui pour accorder un certificat de naissance de la réalité de l'Etat de la Palestine», a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël à l'Onu, Ron Prosor, avait pris ensuite la parole pour réitérer l'hostilité de son pays à l'octroi de ce statut aux Palestiniens. «Cela ne fait pas progresser la paix. Cela la fait reculer», a-t-il dit. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, se trouve à New York mais ne s'est pas déplacé au siège des Nations unies. A Jérusalem, le Premier ministre Benjamin Netanyahou a qualifié le discours de Mahmoud Abbas d'«hostile et venimeux». «Ce sont pas les paroles d'un homme qui veut la paix», a-t-il ajouté.

«Une gifle» à la figure d'Obama

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a jugé la résolution «fâcheuse et contreproductive» et a estimé qu'elle ajoutait d'autres obstacles sur la voie de la paix.

La représentante américaine aux Nations Unies, Susan Rice, a appelé les deux parties a reprendre des négociations de paix directes, «sans préalables, sur tous les sujets qui les divisent.» Auparavant, Washington avait dépêché William Burns et David Hale, secrétaire d'Etat adjoint et émissaire pour le Proche-Orient, à New York pour tenter une dernière fois de convaincre le président de l'Autorité palestinienne de renoncer à son projet.

«L'initiative palestinienne, a par ailleurs rappelé Victoria Nuland, porte-parole du département d'État, pourrait entraîner une réduction de la contribution américaine au budget de l'Autorité. Ce n'est pas la meilleure façon de convaincre Obama d'adopter une approche plus positive du processus de paix. Trois semaines après son élection, c'est presque une gifle en pleine figure», résume un diplomate occidental.

Un vote attendu

Si le vote est historique, il était également attendu. Dès mercredi, de nombreux Etats avaient fait connaître leur intention de voter en faveur de la Palestine, dont la France et la Chine.

Outre ces deux pays, l'Italie et l'Espagne, l' Autriche, le Danemark, la Finlande, la Grèce, l'Irlande, l'Islande, le Luxembourg, Malte, la Norvège, le Portugal, la Suède et la Suisse ont apporté leur soutien au projet de Mahmoud Abbas, qui avait sollicité en vain l'an dernier le statut d'Etat membre à part entière.

Une forte mobilisation européenne

Cette mobilisation européenne, qui reste partielle, pourrait dissuader l'Etat hébreu d'infliger de dures représailles à l'administration de Mahmoud Abbas. Il pourrait en revanche se montrer sans pitié si elle le poursuit pour crime de guerre et crimes contre l'humanité devant la Cour pénale internationale, que seuls les Etats reconnus par l'Onu peuvent saisir.

Avec ce statut, les Palestiniens vont désormais pouvoir rejoindre les organismes de l'ONU tels que la Cour pénal internationale de La Haye, qui leur permettrait de porter plainte contre Israël et ses dirigeants. «Je ne crois pas que nous allons nous précipiter dès le lendemain (du vote) pour intégrer tout ce qui est lié aux Nations unies, y compris la CPI», a pourtant déclaré mercredi Riad Mansour, observateur palestinien à l'ONU.


François Hollande appelle au «dialogue direct» pour une «paix juste»

François Hollande a commenté cette décision peu de temps après son annonce dans la soirée, affirmant à travers un communiqué de presse que «ce vote est conforme» à son «engagement de soutenir la reconnaissance internationale de l'Etat palestinien», ajoutant que les négociations doivent reprendre pour atteindre un «règlement de paix juste et global».

«Le dialogue direct est la seule voie pour trouver une issue définitive à ce conflit. La France est prête à y contribuer, en amie à la fois d'Israël et de la Palestine», conclut le communiqué, en allusion au conflit israélo-palestinien qui a récemment repris à Gaza.