Egypte: Pourquoi l'opposition est en colère

DECRYPTAGE Un décret qui élargit les pouvoirs du président et menace de plonger l'Egypte dans une nouvelle ère dictatoriale, selon l'opposition, est au cœur de la mobilisation contre Mohamed Morsi...

Bérénice Dubuc avec agences

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Des manifestants anti-Morsi se rassemblent place Tahrir au Caire, le 27 novembre 2012.
Des manifestants anti-Morsi se rassemblent place Tahrir au Caire, le 27 novembre 2012. — REUTERS/Asmaa Waguih

Pourquoi y a-t-il de nouvelles manifestations en Egypte ce mardi?

Les opposants au Président Mohamed Morsi se sont rassemblés place Tahrir au Caire, et doivent le faire dans d’autres villes du pays ce mardi, pour la cinquième journée consécutive, à l'appel à la mobilisation de libéraux, de laïcs et d’organisations de gauche. Les manifestants réclament l'abrogation d'un décret élargissant les pouvoirs du président issu des Frères musulmans, et qui menace selon eux de plonger l'Egypte dans une nouvelle ère dictatoriale.

Pourquoi ce décret provoque-t-il la colère de l’opposition?

Ce décret, publié jeudi dernier, empêche toute contestation des décisions présidentielles -donc retire au pouvoir judiciaire tout contrôle sur le chef de l'Etat- dans l'attente de l'élection d'un nouveau parlement, ce qui ne devrait pas intervenir avant le milieu de 2013. Il vise notamment à empêcher toute tentative de dissolution de l'Assemblée constituante ou de la chambre haute du Parlement, deux assemblées dominées par les islamistes alliés à Mohamed Morsi.

Tant que la Constituante n'a pas terminé de rédiger la Loi fondamentale, un nouveau parlement ne peut pas être élu et les pouvoirs législatif et exécutif sont concentrés entre les mains du président. Or la Constituante est boycottée par de nombreux libéraux et d'autres opposants, qui affirment ne pouvoir y faire entendre leur voix. Un tribunal administratif du Caire a fixé au 4 décembre la date de la première audition concernant le recours déposé par des avocats et des militants contre le décret présidentiel.

Quelle est la position du Président Morsi?

Il affirme que le texte n'a pas pour objectif de concentrer les pouvoirs mais de les déléguer et d'éviter une politisation de l'appareil judiciaire. Il a souligné le caractère temporaire du décret, qui sera abrogé une fois la nouvelle Constitution adoptée et le nouveau Parlement élu. Lundi, dans ce qui ressemble à un geste d'apaisement et après une réunion de crise avec le Conseil suprême de la magistrature, Mohamed Morsi a accepté un compromis proposé par les juges qui prévoit de réduire la portée de ce décret. Seules les décisions du président relatives aux «domaines de souveraineté» ne pourront pas faire l'objet de recours en justice. Cependant, le décret ne sera pas amendé.

Pouquoi cette décision n’a-t-elle pas permis de calmer la situation?

Selon des experts judiciaires, les «domaines de souveraineté» couvrent les éventuelles déclarations de guerre ou la convocation d'élections anticipées mais, par le passé, ce terme a été utilisé de manière plus large, laissant une grande place à l'interprétation. Pour les adversaires du chef de l'Etat, le décret révèle ses tendances autocratiques. Ils dénoncent une tentative de confiscation des pouvoirs et refusent de négocier tant que le texte n’est pas abrogé.

Peut-on s’attendre à de nouveaux heurts?

Les troubles secouent le pays depuis jeudi, et ont déjà fait un mort et environ 370 blessés. Des centaines de manifestants étaient massés ce mardi matin place Tahrir, et la police a fait usage de gaz lacrymogène contre des groupes de jeunes Egyptiens près de la place. Les organisateurs ont exhorté les manifestants à éviter tout affrontement avec les forces de l'ordre. De leur côté, les Frères musulmans, qui avaient dans un premier temps appelé à manifester ce mardi pour soutenir le président dans un autre quartier du Caire, ont annulé ce rassemblement.