La première déclaration de Natascha Kampusch

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Le psychiatre Reinhard Haller a déclaré dimanche soir à la télévision ORF qu'il avait fait cette estimation théorique pour les huit ans de séquestration subis par la jeune fille et pour ses souffrances.
Le psychiatre Reinhard Haller a déclaré dimanche soir à la télévision ORF qu'il avait fait cette estimation théorique pour les huit ans de séquestration subis par la jeune fille et pour ses souffrances. — AFP/Police HO

"Chers journalistes, chère opinion mondiale,
Je suis tout à fait consciente de la forte impression qu'ont dû avoir sur tous les événements de ces derniers jours. J'imagine tout à fait à quel point est choquante et effrayante l'idée qu'une telle chose soit possible. Je suis également consciente que vous nourrissiez une certaine curiosité et que vous vouliez avoir plus de détails.
Je tiens cependant à préciser avant toute chose que je ne répondrai à aucune question portant sur des détails intimes ou personnels.
Je suis devenue une jeune femme avec un intérêt pour la culture et (consciente) des besoins humains.
Mon cadre de vie: ma pièce était correctement équipée, c'était ma pièce et elle n'était pas destinée à être montrée publiquement.
La vie quotidienne: elle se déroulait de façon tout à fait réglée. En général, un petit déjeuner dans la règle de l'art --il n'a généralement pas travaillé--, les travaux ménagers, lire, regarder la télévision, discuter, cuisiner. C'était comme ça pendant des années, le tout accompagné d'angoisse liée à la solitude.
Quant à la relation (au ravisseur): il n'était pas mon maître. J'étais aussi forte que lui. Symboliquement, il m'a portée à bout de bras tout en me foulant aux pieds. Mais ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il était tombé sur la mauvaise personne.
Il a procédé seul à l'enlèvement. Tout avait été préparé à l'avance. Il a ensuite aménagé avec moi la chambre, qui faisait d'ailleurs plus de 1,60 m. D'ailleurs, je n'ai pas pleuré après ma fuite, il n'y avait pas de raison d'être triste.
(...)
Il faisait partie de ma vie, c'est pourquoi d'une certaine manière je porte son deuil. Il est bien sûr vrai que ma jeunesse a été différente de celle de beaucoup d'autres, mais en principe je n'ai pas le sentiment d'avoir raté grand chose. J'ai évité pas mal (de mésaventures): je n'ai pas commencé à fumer et à boire, ou à avoir de mauvaises fréquentations.
Message aux médias: la seule chose que la presse doit m'épargner, c'est l'éternelle calomnie, les interprétations erronées et le manque de respect à mon égard.
Actuellement, je me sens bien là où je réside, peut-être un petit peu sous tutelle. J'ai pourtant décidé de n'avoir avec ma famille que des contacts téléphoniques. C'est moi qui déterminerai quand je prendrai contact avec les journalistes.
Quant à ma fuite: quand j'ai dû nettoyer et aspirer la voiture dans le jardin, il s'est éloigné à cause du bruit de l'aspirateur. C'était ma chance. J'ai simplement laissé l'aspirateur allumé.

D'ailleurs, je ne l'appelais jamais maître, même s'il le voulait. Je pense qu'il voulait se faire appeler comme ça, mais il ne le pensait pas tout à fait.
J'ai pris un avocat de confiance pour les questions juridiques (...)
Tout le monde veut sans arrêt poser des questions intimes qui ne regardent personne. Peut-être que je raconterai à ma thérapeute, ou si je devais en ressentir le besoin, ou peut-être jamais. Mon intimité n'appartient qu'à moi.
La personne qui a conduit le ravisseur à la gare avant que celui-ci ne se suicide "ne doit pas se sentir coupable. Il n'y peut rien, c'était la décision de Wolfgang de se jeter sous le train. J'éprouve de l'empathie pour la mère de Wolfgang: je peux me mettre à sa place aujourd'hui et ressentir ce qu'elle ressent. Nous pensons toutes les deux à lui.
Je souhaite remercier toutes les personnes qui se soucient tant de mon sort. S'il vous plaît, laissez-moi tranquille dans les prochains temps. Beaucoup de gens s'occupent de moi. Laissez-moi le temps de pouvoir raconter moi-même."