Katrina, un an après : ce qu'en disent les journaux américains

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"Une litanie de fautes, d'erreurs de jugement, de défaillances et d'absurdités en cascade": le cyclone Katrina de la fin août a été géré en dépit du bon sens, selon un rapport parlementaire qui met un membre du gouvernement américain, Michael Chertoff, au banc des accusés.
"Une litanie de fautes, d'erreurs de jugement, de défaillances et d'absurdités en cascade": le cyclone Katrina de la fin août a été géré en dépit du bon sens, selon un rapport parlementaire qui met un membre du gouvernement américain, Michael Chertoff, au banc des accusés. — Joe Radle AFP/Archives

Un an après le passage dévastateur du cyclone Katrina qui a fait plus de 1500 morts dans le sud des Etats-Unis, les journaux américains consacrent une large couverture aux conséquences de la catastrophe naturelle. Le « New York Times » revient sur les effets désastreux que Katrina a eu pour la popularité du président George W. Bush : « L’une des deux images fortes de la présidence restera celle du président à bord d’Air Force One qui regarde, sur son chemin entre Crawford au Texas et Washington, les désastres de l’ouragan depuis son hublot à des milliers de mètres d’altitude », note le journal de référence américain. Le quotidien rappelle que sa côte de popularité, au plus bas, n’a jamais pu rebondir et que la Maison Blanche a ainsi raté l’occasion de façonner l’image d’une présidence au plus près des préoccupations des Américains pour le logement, l’emploi et l’éducation des pauvres. Un raté qui pousse l’électorat républicain et apolitique à partager les critiques des démocrates sur la gestion de la crise.

Le « Washington Post » consacre, lui, un reportage intitulé « Silence après la tempête » dans les quartiers abandonnés de La Nouvelle-Orléans. En raison d’un taux de chômage qui a augmenté de 30%, du retard du versement des aides publiques et des nombreux contentieux avec les sociétés d’assurance, une majorité d’habitants ne sont pas revenus dans leurs maisons dévastées, donnant la sensation au visiteur de traverser une ville fantôme. Une femme de 53 ans du quartier de Beechwood Court témoigne de son désespoir : « Nous aimions notre quartier, nous aimions notre vie, nous aimions notre maison. Mais ce n’est plus la même chose. Il n’y a plus de magasins. Il n’y a plus de stations services. Il y a bien de l’éclairage sur les grands axes mais les petites rues sont plongées dans l’obscurité. Pouvez-vous vous imaginer être la seule personne à vivre dans un pâté de maisons entier ? ».

Le Reporter du « Miami Herald » établit un constat similaire en parcourant les rues désertes et jonchées de détritus du quartier de Lower Ninth Ward. Une grand-mère âgée de 44 ans, dont le duplex fait face à un tas de déchets, lâche : « Le quartier ne ressemblait pas à cela auparavant. Si j’avais l’argent, je partirais pour ne plus jamais revenir ».

Le reportage d’Angela Rozas du « Chicago Tribune »
apporte une pointe d’optimisme à ce sombre tableau. La catastrophe aurait permis aux jeunes de La Nouvelle-Orléans « de resserrer les liens familiaux, de leur donner de nouvelles responsabilités et une maturité insoupçonnée » face aux besoins de reconstruction de la ville.

Des besoins qui inspirent les urbanistes, note le seul quotidien national américain, USA Today dont le journaliste Larry Copeland s’est rendu dans la ville côtière d’Ocean Springs, dans l’Etat du Mississipi. Les « nouveaux urbanistes » - ainsi qu’il les appelle – souhaiteraient faire de cette commune détruite un laboratoire d’essai pour recréer l’ambiance des anciennes petites villes américaines et « promouvoir des communautés dans lesquelles les gens peuvent aller à pied de leurs domiciles aux magasins et aux bureaux, où les maisons disposent de porches afin d’encourager les bonnes relations de voisinage ». Mais, reconnaît le journal, ces « concepts ésotériques ne sont pas numéro 1 sur la liste des préoccupations des résidents dont des dizaines de milliers vivent toujours dans des campings prêtés par l’Etat ».

Le journal local de la Nouvelle-Orléans, « The Times-Picayune », préfère raconter, en une série de cinq volets, le drame du Memorial Medical Center. De nombreux habitants s’étaient réfugiés il y a un an dans cet hôpital avant l’arrivée de Katrina dans l’espoir d’échapper aux inondations, explique le quotidien. Mais certains se sont retrouvés piégés alors que le niveau de l’eau a augmenté après la rupture des digues. Lorsque l’aide est arrivée, il était trop tard pour quatre personnes, retrouvées mortes au septième étage du bâtiment.

Quant au « Los Angeles Times » , son reporter Scott Gold est reparti sur les traces de Justice, une fillette de 17 mois, rencontrée en compagnie de sa mère il y a un an dans le stade du Superdome de la Nouvelle-Orléans et symbole, à ses yeux, de la tragédie. Dans un style très personnel, il raconte les déboires pour retrouver la jeune fille dans une ville où personne ne sait ce qui est advenu de ses voisins. Le journaliste finit par la retrouver vivante avec ses parents à Beaumont. Bien que la Nouvelle-Orléans leur manque, la famille se voit coincée dans cette ville texane où « les magasins n’ont pas les épices cajun avec lesquelles ils avaient l’habitude de cuisiner ou le pain blanc qu’ils utilisaient pour faire leurs sandwichs ». « Le dîner est pris dans des assiettes offertes par charité devant une télévision offerte par charité ». Et le journaliste de conclure qu’il a eu tord de croire qu’une enfant de deux ans lui permettrait de raconter une histoire qui se finisse par un happy end.

Alexandre Sulzer