Les petites mains du commerce équitable

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Devant l'objectif du photographe, elle minaude, sourit, plie et déplie les jambes à loisir, comme si toute sa vie elle s'était prêtée à ce jeu. Pourtant, à 37 ans, Hingryt Ferreira a davantage connu les aiguilles de sa machine à coudre dans son quartier populaire de Pétroplis, à 60 km au nord de Rio de Janeiro, que la chaleur des spotlights. Et si elle joue aujourd'hui à la starlette, c'est grâce... au commerce équitable. Car c'est à l'invitation d'une association qui promeut ce type d'échanges qu'Hingryt a quitté le Brésil pour la France, cet été.

Cela fait maintenant trois ans qu'elle et ses dix collègues travaillent pour le Français Jérôme Schatzman et sa marque de vêtements équitables Tudo Bom (« Ça va ? » en portugais). Une collaboration qui lui a certes permis de visiter la tour Eiffel et d'admirer « avec fierté » les vêtements qu'elle a confectionnés disposés sur les rayonnages de boutiques tendance de la capitale. Mais surtout d'accroître considérablement son niveau de vie. Avant, elle offrait ses talents de couturière uniquement à la clientèle privée et était soumise aux aléas des commandes et de la concurrence, dans un pays où la couture est une activité importante mais en difficulté. « Je ne gagnais pas plus de 470 reals (168 E) par mois, explique-t-elle avec l'accent coulant des Brésiliennes. Aujourd'hui, je suis payée entre 770 et 800 reals par mois (276 à 287 E). » De quoi vivre décemment avec ses deux fils de 5 et 16 ans et son mari, monteur de meubles pour une chaîne de magasins style Ikea.

Autre bonus : elle est désormais certaine d'avoir un salaire minimum. Car Tudo Bom passe un contrat annuel avec ses couturières. Il décrit le nombre de pièces à réaliser, fournit le tissu, les patrons et, surtout, paye à la commande en prenant en charge 90 % de la Sécurité sociale de ses petites mains. « Une des couturières du groupe est enceinte et grâce à cela, ajoute Hingryt, elle va avoir un congé maternité. »

Clémence Lemaistre

Une marque créée par un Français : Jérôme Schatzman a créé la marque il y a deux ans. Il paye les couturières 33 % au-dessus du prix habituel et réévalue les tarifs tous les six mois. Coton biologique : Tudo Bom cherche à développer les cultures biologiques. La marque a notamment passé un contrat avec Valdecir Sigoli pour la production de coton. Ce dernier, de passage aussi à Paris, s'est dit « fier » de voir un tee-shirt fabriqué avec son coton. Où trouver les vêtements : Dans les boutiques branchées ou équitables et sur www.tudobom.fr