Opération «pilier de défense»: «Israël semble envoyer un avertissement général»

PROCHE-ORIENT Le positionnement plus dur du gouvernement israélien ces derniers jours peut s'expliquer par un opportunisme électoraliste, mais est aussi une mise en garde adressée à l'Autorité palestinienne, au Hamas, et même au Qatar...

Bérénice Dubuc
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Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s'adresse aux médias, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 14 novembre 2012.
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s'adresse aux médias, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 14 novembre 2012. — RONEN ZVULUN/ REUTERS

Après un week-end de violences, la tension est encore montée d’un cran entre Gaza et Israël. Mercredi, en réponse à des tirs de roquette récurrents, Israël a lancé l'opération «pilier de défense», un raid tuant neuf Palestiniens, dont le chef militaire du Hamas. Les raids aériens israéliens continuent ce jeudi, tout comme les tirs de roquettes depuis Gaza.

Dimanche, le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, en campagne pour sa réélection, avait prévenu: ««Le monde doit comprendre qu’Israël ne restera pas sans rien faire face aux tentatives de nous attaquer. Nous sommes prêts à l’escalade.» Un positionnement dur qui rappelle celui observé avant d’autres élections: en décembre 2008, le Premier ministre d’alors, Ehoud Olmert, avait ainsi déclenché l’opération «Plomb Durci» à deux mois des législatives.

Nétanyahou en perte de vitesse dans les sondages

«Les tensions avant les élections israéliennes sont récurrentes», souligne Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et directeur de la revue Maghreb-Machrek. «Tout le monde se positionne: le Gouvernement veut montrer sa fermeté, l’opposition tente de démontrer la faiblesse du Gouvernement. Et le Hamas joue le rôle de la mouche du coche.» Sans compter qu’après avoir fait figure de grand favori pour remporter les législatives anticipées du 22 janvier 2013, le Premier ministre connaît quelques difficultés.

Crédité fin septembre de 66 sièges dans la prochaine Knesset (Assemblée), l’alliance, pourtant prometteuse sur le papier, du Likoud de «Bibi» avec Israël Beitenou, le parti de son ministre des Affaires Etrangères, Avidgor Liberman, n’était plus créditée que de 35 à 42 sièges fin octobre. Or, «il y a une angoisse latente permanente de la population israélienne concernant sa sécurité, notamment dans les "zones de contact" comme Sderot. Et, du fait de cette inquiétude latente, l’opinion publique demande des comptes à l’Etat sur le sujet, qui doit donner des gages, notamment en période de campagne électorale», rappelle Jean-François Daguzan. «Les Israéliens sont favorables à ce que tout soit fait pour les protéger», indique pour sa part Frédéric Encel, spécialiste du Proche-Orient.

«Un avertissement lancé au Hamas, et même au Qatar»

De là à dire que Benyamin Nétanyahou se montre ferme gagner des voix…  «Bien sûr, cette ligne dure peut être utilisée de façon tactique pour renforcer ses capacités électorales», concède Jean-François Daguzan. «Mais, c’est un ensemble plus global qui fait bouger Israël.» Et le spécialiste d’expliquer que ce positionnement dur est «un avertissement lancé au Hamas, et même au Qatar», après la visite en grande pompe de cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, l'émir de ce pays, le 23 octobre dans la bande de Gaza. «Israël semble dire au Qatar de garder ses distances, qu’il ne se laissera pas impressionner.»

Par ailleurs, en agissant sur plusieurs fronts -la bande de Gaza, mais aussi la Syrie après les obus tombés sur le plateau du Golan occupé- «Israël semble envoyer un avertissement général: ses voisins ne doivent pas prendre le prétexte des conditions de stabilité de la zone pour faire monter la pression sur lui».

Enfin, le durcissement de la position d’Israël peut aussi trouver une explication dans la demande d'élévation de la Palestine au statut d'Etat non-membre auprès de l'Assemblée générale de l'ONU le 29 novembre. «Le regain de tension permet à Israël de démontrer que le Hamas ne tient pas ses troupes, et qu’il n’y a pas de véritable état en Palestine», note Jean-François Daguzan. Une bonne façon d’éviter que les Palestiniens n’obtiennent ce statut, qui leur permettrait d’intégrer plusieurs instances de l'ONU, dont la Cour pénale internationale où ils pourraient engager des poursuites contre Israël.