Affaire Petraeus: De l'adultère au «scandale des généraux»

DECRYPTAGE Une relation extraconjugale, des milliers de messages échangés, des généraux impliqués, la sécurité américaine en question... «20 Minutes» fait le point sur le premier scandale sexuel de l'administration Obama...

Bérénice Dubuc

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De gauche à droite et de haut en bas, le général David Petraeus, le général John Allen, la maîtresse du général Petraeus Paula Broadwell, et l'amie des deux généraux, Jill Kelley, par qui l'affaire est arrivée.
De gauche à droite et de haut en bas, le général David Petraeus, le général John Allen, la maîtresse du général Petraeus Paula Broadwell, et l'amie des deux généraux, Jill Kelley, par qui l'affaire est arrivée. — Reuters

Comment l’affaire a-t-elle éclaté?

Tout a commencé vendredi par la démission du général quatre étoiles et directeur de la CIA, David Petraeus. Le général a adressé un message au personnel de la CIA, évoquant une liaison extraconjugale. «Après avoir été marié pendant plus de 37 ans, j'ai fait preuve d'un manque de jugement en ayant une relation extraconjugale. Semblable attitude est inacceptable à la fois comme époux et comme patron d'une organisation telle que la nôtre.»

Avec qui le général Petraeus a-t-il trompé sa femme?

La maîtresse de David Petraeus est la co-auteure d'une biographie consacrée à sa vie -All In, parue au début de l'année-, Paula Broadwell, par ailleurs mère de famille de 40 ans. Leur liaison a débuté en novembre 2011, deux mois après la prise de fonction de David Petraeus à la CIA, et a pris fin en juillet 2012, selon le New York Times.

Comment cette liaison a-t-elle été découverte?

La découverte de cette relation a été faite par le FBI. Au «début de l'été», le Bureau a ouvert une enquête sur six courriers électroniques anonymes de menaces envoyés à Jill Kelley, 37 ans, une amie du général Petraeus et de sa famille. Jill Kelley s'est confiée en juin à un agent du FBI dont on ignore l’identité, un ami de longue date, au sujet des emails menaçants. Ce mystérieux policier fédéral serait si proche de la jeune femme qu'il lui aurait envoyé des photos de lui torse nu, selon un enquêteur fédéral. Selon CBS, il s’agirait de l’agent Frederick Humphries II, 47 ans.

Au cours de son enquête, le FBI identifie Paula Broadwell comme l'auteure de ces emails de menaces. Et, sur la messagerie de Paula Broadwell, les agents fédéraux découvrent des conversations intimes avec David Petraeus. Un responsable américain a parlé de jalousie «puérile» entre les deux femmes, chacune semblant désireuse d'attirer l'attention de David Petraeus. Les enquêteurs informent alors de leur découverte leur hiérarchie et le ministère de la Justice dont ils dépendent, mais en restent là et poursuivent leurs investigations pour établir si des informations sensibles ont été compromises.

Pourquoi parle-t-on désormais de «scandale des généraux»?

Le scandale a pris de l’ampleur lorsque l'implication du général John Allen, qui commande les forces américaines et alliées en Afghanistan (Isaf), a été annoncée. Le deuxième général fait l'objet d'une enquête après la découverte par le FBI de sa correspondance nourrie (entre 20.000 et 30.000 messages entre 2010 et 2012, selon la police fédérale américaine) avec Jill Kelley. Selon des responsables de la Défense, les messages échangés à haute fréquence - une trentaine par jour - entre le général et Jill Kelley relèvent du «flirt». Mais de même source, ainsi que selon des proches de David Petraeus, on affirme que ni l'ex-patron de la CIA, ni le général Allen n'ont eu de «relations amoureuses» avec elle. Dans l'armée américaine, un adultère peut conduire à un renvoi pour manquement à l'honneur.

Quelles vont être les conséquences de cette affaire?

Paula Broadwell et David Petraeus ont été interrogés par le FBI fin octobre. A l'issue des auditions, le FBI a estimé, au vu des faits, que le chef de la CIA n'a commis aucun délit. Des responsables américains ont affirmé que l’enquête était en grande partie bouclée dans l’affaire de harcèlement, et que le parquet n'envisageait pas a priori d'engager des poursuites. Mais des informations classées secret-défense ont été retrouvées dans un ordinateur utilisé par Paula Broadwell. Le contenu et la quantité de dossiers et la façon dont elle les a obtenus seraient suffisamment importants pour justifier le maintien des investigations.

Cependant, en tant qu'officier de réserve au sein des services de renseignement militaires américains, Paula Broadwell avait toutefois un accès autorisé à des données confidentielles. Au sein de l'armée et dans les services de justice et de police, on s'inquiète de plus en plus des retombées de la liaison entre David Petraeus et Paula Broadwell

L'affaire a également révélé des relations étrangement proches entre Jill Kelley, sa sœur jumelle et les deux généraux: Petraeus comme Allen sont intervenus en faveur de la soeur de Kelley dans une procédure judiciaire l'opposant à son ex-mari sur la garde de leur enfant. En ce qui concerne le général Allen, sa nomination au poste de commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) a été retardée, et le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, a décidé d'en référer à l'inspection générale du Pentagone. Une mesure de prudence «jusqu'à ce que les faits soient éclaircis», selon le secrétaire à la Défense, qui a assuré que le général Allen «continue assurément de bénéficier de [s]a confiance». Leon Panetta a cependant décidé de le maintenir à son poste actuel dans l'attente des résultats de l'enquête.

Et sur le plan politique?

Lors de sa première conférence de presse depuis sa réélection, Barack Obama a déclaré qu'à sa connaissance et selon l'état actuel de l'enquête, aucune information classée secret-défense et susceptible de nuire à la sécurité nationale n'avait été divulguée dans l'affaire. Mais le «scandale des généraux» complique la redistribution des principaux postes liés à la sécurité intérieure et extérieure des Etats-Unis en vue de son second mandat.

Il doit déjà trouver un successeur à Hillary Clinton, qui a annoncé son départ du département d'Etat, et peut-être à Leon Panetta, qui pourrait pour sa part quitter le Pentagone. Avec le scandale, il doit pourvoir sans attendre au poste libéré par la démission de Petraeus. En attendant, l'intérim est assuré par Mike Morell, ancien adjoint du directeur démissionnaire. Quant à John Allen, si sa nomination au poste de SACEUR devait être annulée, cela aurait des répercussions sur toute la haute hiérarchie militaire à un moment particulièrement critique, puisque les Etats-Unis doivent préciser le calendrier de retrait des forces engagées en Afghanistan.