Proche-Orient: Izzeldin Abuelaish, le docteur qui pense ses plaies

PORTRAIT Izzeldin Abuelaish, qui a perdu trois de ses filles et sa nièce en 2009, publie ce mercredi «Je ne haïrai point»...

Faustine Vincent
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Le docteur Izzeldin Abuelaish, qui a perdu trois de ses filles et sa nièce lors de l'offensive à Gaza en 2009, le 12 novembre 2012 à Paris.
Le docteur Izzeldin Abuelaish, qui a perdu trois de ses filles et sa nièce lors de l'offensive à Gaza en 2009, le 12 novembre 2012 à Paris. — A.GELEBART / 20 MINUTES

Il a le souci du mot juste et s'inquiète: «Vous n'avez pas d'enregistreur? Vous avez bien noté ce mot-là? C'est juste pour être sûr.» Izzeldin Abuelaish, médecin palestinien de Gaza, n'est pas tatillon gratuitement. S'il insiste autant, c'est parce qu'il est convaincu que «les mots sont plus forts que les balles». Celles qui ont tué trois de ses filles et sa nièce, le 16 janvier 2009.

Son histoire a fait le tour du monde. Moins de trois semaines après le début de l'offensive israélienne à Gaza, trois obus de Tsahal ont frappé la maison d'Izzeldin Abuelaish, qui travaillait à Gaza mais aussi dans l'Etat hébreu, dont il parle couramment la langue. La télévision israélienne a retransmis en direct la suite du drame, ses cris de douleur au téléphone lorsque son ami, le journaliste israélien Shlomi Eldar, a pris son appel en plateau. Une journaliste israélienne a écrit que la souffrance palestinienne –«que la majorité de la société israélienne ne veut pas voir»– avait désormais «une voix et un visage».

«La haine est une maladie»

De cette tragédie, Izzeldin Abuelaish, qui vit aujourd'hui à Toronto, a fait un livre, Je ne haïrai point (Ed. J'ai Lu), publié ce mercredi. Il y raconte «la vie en cage» à Gaza, où il est né, la peur des bombes, l'absence de liberté, l'humiliation des check-points, mais aussi la certitude qu'il est possible de «rapprocher deux peuples en écoutant les points de vue […] des uns et des autres».

Convaincu que la mort de ses filles et sa nièce «a un sens», celui d'avoir «ouvert les yeux des Israéliens sur les souffrances de l'autre côté de la frontière», il a toujours refusé de se laisser gagner par la haine. «C'est une maladie qui vous aveugle et vous détruit», confie-t-il à 20 Minutes. Il a choisi la colère. «Je vais à Gaza une fois par an me recueillir sur la tombe de mes filles et ma nièce pour ressentir cette colère. Cela me donne de l'énergie pour continuer à me battre, pour elles et pour tous ceux qui souffrent d'injustice.»

C'est aussi pour elles qu'il a créé une fondation, Daughters For Life, dédiée à l'éducation des jeunes filles du Moyen-Orient. Dénonçant la passivité des responsables politiques, il appelle chacun à «agir et parler». «La paix est hélas un business industriel. Ce n'est pourtant pas qu'un mot. C'est quelque chose qu'on touche, qu'on vit, qu'on ressent, dit-il. Combien de temps devrons-nous attendre?»

Escalade de violence

Le week-end a été marqué par des violences à la frontière entre Gaza et Israël. Six Palestiniens, dont quatre civils, ont été tués. Huit israéliens ont été blessés. De nouveaux tirs, suivis de représailles, ont eu lieu lundi. «L'option militaire n'apportera jamais la paix», se désole Abuelaish.