Nomination de Xi Jinping: «On ignore jusqu'à quel point le parti dicte sa politique au président»

INTERVIEW Chef du parti et du pays, le nouveau président chinois devra composer avec un parti qui ne lui est pas forcément acquis...

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Ouverture à Pékin du 18e congrès du parti communiste chinois, le 8 novembre 2012.
Ouverture à Pékin du 18e congrès du parti communiste chinois, le 8 novembre 2012. — REUTERS/Carlos Barria

Alors que le parti communiste chinois entame ce jeudi son 18e congrès visant à nommer un nouveau chef d’Etat, 20 Minutes pose la question du pouvoir véritable du président d’un pays gouverné par un parti tout-puissant. François Godement, directeur de la stratégie de l’Asia Centre et auteur de Que veut la Chine? (Odile-Jacob), apporte son éclairage.

Quel pouvoir réel détient un président chinois?

Quand on parle du rôle de président chinois en fait on parle de quelqu’un qui cumule trois fonctions: chef du parti (Xi Jinping le deviendra à la fin du congrès), chef du pays (il le sera au printemps prochain), et chef des affaires militaires. On parle donc bien de la trinité du pouvoir, et du vrai numéro 1 d’une organisation collective. Mais effectivement, même à ce niveau, le fonctionnement reste celui d’un système de réseaux et d’influences. C’est une direction collective, et les décisions sont prises collectivement.

Avec qui va-t-il partager le pouvoir?

Il n’y a pas que le président qui change lors du congrès: les deux tiers, voire les trois quarts de l’appareil du parti –le comité permanent composé de neuf membres, le bureau politique qui en compte 25 et le comité central, qui est le parlement du parti, composé en tout de 350 personnes. On ne sait pas qui seront les nouveaux membres de ces instances, on ne sait pas si Hu Jintao aura réussi à y placer certains de ses hommes.

A quel point pourra-t-il choisir ses collaborateurs au sein du parti?

Xi Jinping ne formera pas lui-même son équipe, il ne choisira pas directement qui tiendra avec lui les rênes du pouvoir au sein du parti, en tout cas pas pour son premier mandat. Il doit compter avec l’influence du dirigeant sortant et celle de ceux qu’on appelle les grands vétérans, les personnalités anciennes du parti. Ce système est un mélange d’oligarchie, d’aristocratie et de gérontocratie et on ignore jusqu’à quel point on va dicter à Xi Jinping sa politique et ses choix.

Changer de président sert-il vraiment à quelque chose?

Le renouvellement du président et de la majorité des hauts membres du parti est quand même un événement important. C’est un renouvellement de génération, avec l’arrivée au pouvoir de personnes plus jeunes (Xi Jinping sera le premier dirigeant né après l’avènement du régime en 1949), qui ont fait des études juridiques, qui ont une meilleure connaissance de la politique internationale. Au cours du congrès, il y a quand même des débats lors desquels la personnalité des gens et leurs orientations comptent beaucoup. Mais c’est aussi un jeu opaque de répartition du pouvoir.