Chine: Avec Xi Jinping, le pays est-il à l'aube d'une révolution?

MONDE Les communistes chinois vont désigner dans un contexte social tendu le nouvel homme fort du pays, Xi Jinping...

Alexandra Bogaert

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Xi Jinping photographié à Pékin, le 28 septembre 2011.
Xi Jinping photographié à Pékin, le 28 septembre 2011. — FENG LI / AFP

Après les Etats-Unis, c’est à la Chine de nommer son nouvel homme fort. Le 18e Congrès du parti communiste chinois, qui s’ouvre ce jeudi jusqu’au 15 novembre à Pékin, doit désigner Xi Jinping, fils d’un proche de Mao et pur produit du sérail, pour succéder à Hu Jintao au poste de secrétaire général du PCC. En mars, l’Assemblée nationale le reconnaitra comme président de la République populaire de Chine pour cinq ans.

Cet aristocrate rouge de 59 ans va-t-il améliorer la vie des 1,3 milliard de Chinois, dont 450 millions de pauvres? «Xi, comme tout bon politicien chinois, n’a pas dit ce qu’il allait faire», explique depuis Pékin Jean-Philippe Béja, sinologue. «Mais il y a des pressions fortes de la société et de cadres de l’intelligentsia pour exiger l’instauration d’un dialogue avec les mécontents. Car le sentiment de l’urgence se répand dans tous les milieux.»

«Pour le pouvoir, le peuple est l’ennemi. Il est terrorisé par sa population»

La défiance des classes ouvrières et moyennes, en ville comme à la campagne, croît à mesure que leur pouvoir d’achat baisse et que les affaires de corruption des leaders éclatent. Des manifestations ont lieu tous les jours à travers le pays, relayées par les réseaux sociaux. Et la répression, dans un pays dont le budget pour maintenir la sécurité intérieure est supérieur à celui de l’armée, atteint ces temps-ci «un degré maximal», selon Marie Holzman, présidente de l’Association Solidarité Chine. «Pour le pouvoir, le peuple est l’ennemi. Il est terrorisé par sa population, car sa panoplie de violences est épuisée : désormais, les gens n’ont plus peur d’aller en prison pour avoir dit ce qu’ils pensent. Soit le pouvoir va faire quelques concessions, soit il va s’exposer à de fortes agitations sociales».

Pour Jean-Luc Domenach, auteur de Mao, sa cour et ses complots (éd. Fayard), «Xi Jinping va se retrouver confronté à deux évolutions inévitables» qui vont le contraindre à accorder plus de libertés à ses citoyens. L’économie d’exportation, qui s’essouffle, va céder la place à une économie de consommation, qui implique de «laisser les consommateurs libres de choisir leurs achats». Pour cela, «il faut que les Chinois innovent et ne se contentent plus de copier, ce qui suppose de leur laisser une certaine liberté». Une révolution en soi, qui se fera à petits pas dans ce régime autoritaire.