Présidentielle américaine: A Staten Island, le quartier oublié de New York, on vote sous abri

REPORTAGE Une semaine après le passage de Sandy, les Etats de New York et du New Jersey ont été contraints d’adapter le processus électoral...

Nicolas Coisplet, à New York

— 

Un bureau de vote à Staten Island, quartier de New York dévasté par l'ouragan Sandy (mardi 6 novembre 2012)
Un bureau de vote à Staten Island, quartier de New York dévasté par l'ouragan Sandy (mardi 6 novembre 2012) — Keith Bedford / Reuters

De notre correspondant à New York,

Des tentes blanches dans la cour de l’école publique 52, des groupes électrogènes pour alimenter radiateurs et machines à voter. C’est dans ce bureau de vote de fortune que se rendent cette année les électeurs du quartier de Midland Beach, à Staten Island (New York), une des zones les plus durement touchées par Sandy. Une semaine après le passage de l’ouragan, les Etats de New York et du New Jersey ont été contraints d’adapter le processus électoral: possibilité pour tous les électeurs de voter dans le bureau de vote de leur choix, vote par e-mail ou par fax, retour aux urnes et aux bulletins papier dans certaines villes…

>> Suivez l'élection américaine en direct par ici

A Staten Island, le bureau de l’école 52 était à peine prêt une heure avant l’ouverture. Mais à 6h du matin, selon des riverains, une vingtaine d’électeurs patientaient dans le noir et par -2°C. En milieu de matinée, l’endroit est plutôt calme. Quelques policiers en uniforme pour surveiller le site, des assesseurs chargés d’accueillir le public, et quelques électeurs qui sortent des tentes. «Je suis vieille, je ne me sens plus concernée, mais je viens voter par principe», explique Maria, 83 ans. Pour cette citoyenne américaine d’origine italienne, ouragan ou pas, le quartier se prononcera en majorité pour Romney: «Je connais mes voisins, ils sont républicains. Mais j’ai voté pour Obama, il me semble plus honnête.»

«Le plus important, c’est de penser au pays»

Quelques rues plus loin, sur Iowa Street, George, 52 ans, s’apprête à faire un autre choix. Devant sa maison maculée de boue séchée, déclarée inhabitable, il confie qu’il n’oubliera d’aller voter «en aucun cas. Aujourd’hui, le plus important, c’est de penser au pays. On a perdu quatre ans, il faut se débarrasser d’Obama.» Visiblement déboussolé, ne sachant toujours pas s’il doit ou non vider sa maison des biens qui lui semblent récupérables, il paraît pourtant en vouloir davantage au maire de New York, Michael Bloomberg, qu’au président américain. «Pour New York, Staten Island a toujours été le "borough" oublié. Une semaine après Sandy, on se sent toujours abandonnés.»

Chez d’autres riverains, qui ont eux aussi tout perdu, la colère semble retombée. «J’irai à l’école 52 tout à l’heure», explique John, 48 ans, occupé à déblayer la salle en ruine de son restaurant italien. «Mais il est possible que cette année des habitants ne le fassent pas, ajoute-t-il, tout en maudissant la compagnie d’assurance qui refuse de le dédommager. Depuis lundi dernier, la vie, la famille passent avant tout.» A Staten Island, le passage de l’ouragan aurait fait 22 morts.