Nucléaire iranien: «L'agenda de Benjamin Netanyahou est encore américain»

INTERVIEW Frédéric Encel, spécialiste du Proche-Orient, revient pour «20 Minutes» sur les dernières menaces du Premier ministre israélien à l'égard de l'Iran...

Propos recueillis par Corentin Chauvel

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Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le 5 novembre 2012, à la Knesset, à Jérusalem.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, le 5 novembre 2012, à la Knesset, à Jérusalem. — B.RATNER / REUTERS

La série de menaces continue. Benjamin Netanyahou a déclaré lundi soir qu’il était «prêt, s'il le faut, à presser le bouton», et déclencher une attaque préventive contre l’Iran et ses sites nucléaires. Frédéric Encel, docteur en géopolitique et auteur de Géopolitique d'Israël (Seuil, 2008), analyse pour 20 Minutes la dernière sortie du Premier ministre israélien.

La dernière déclaration de Benjamin Netanyahou s’inscrit-elle dans la même lignée que les précédentes à l’encontre de l’Iran?

Oui, on est là sur une constante. Cela fait plusieurs mois qu’il exerce une vraie pression et il a le sens du timing. C’est la première fois qu’un Premier ministre israélien intervient aussi fortement la veille des élections américaines. C’est une logique de continuité, davantage à l’égard de quelques milliers d’électeurs américains indécis que de Barack Obama.

Cette déclaration n’était pas également destinée aux électeurs israéliens alors que les législatives se rapprochent?

Le scrutin israélien est le 22 janvier, Benjamin Netanyahou a encore une sacré marge. Ces propos s’inscrivent donc surtout dans le contexte électoral américain, son agenda est encore américain. Il insiste d’autant plus que Barack Obama a des chances d’être réélu. Benjamin Netanyahou n’aurait pas voulu gêner un candidat qui aurait eu ses faveurs et qui serait en passe de l’emporter. Il préfère en effet nettement Mitt Romney et les républicains depuis toujours. Mais ce n’est pas seulement une question de programme, c’est aussi parce qu’un président américain qui entame un second mandat est moins facile à gérer pour les gouvernements étrangers. C’est son dernier mandat donc il n’a pas de pression électorale derrière.

La population israélienne est-elle malgré tout réceptive à ces discours offensifs sur l’Iran?

Oui, l’opinion israélienne est très sensible au thème du nucléaire iranien. Sur les moyens en revanche, c’est à l’image du morcellement de la Knesset [le parlement israélien], chacun a son opinion. Il y a une légère majorité contre une intervention militaire à l’encontre de l’Iran, mais tout dépend de la manière dont la question est posée. Les Israéliens sont favorables à ce que tout soit fait pour les protéger. Si une partie des Israéliens reprochent à Benjamin Netanyahou de ne pas négocier avec les Palestiniens ou sa politique trop libérale, sur la défense, il a une bonne cote. Avec Ehud Barak comme ministre de la Défense, il forme un tandem gagnant qui montera encore en puissance sur le nucléaire iranien d’ici le scrutin du 22 janvier.