Présidentielle américaine: La réinvention réussie de Mitt Romney

PORTRAIT Le candidat, quasi-condamné fin septembre, a réussi un come-back surprenant et pourrait créer la surprise, mardi...

Philippe Berry

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Mitt Romney, sa femme, Ann, et son fils ainé, Tagg, lors d'un meeting, le 28 février 2012 dans le Michigan.
Mitt Romney, sa femme, Ann, et son fils ainé, Tagg, lors d'un meeting, le 28 février 2012 dans le Michigan. — C.OSORIO/AP/SIPA

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Secoué, c'est effacé. Sur le principe de «l'écran magique», vanté par un de ses conseillers en mars, Mitt Romney a réussi un double tour de magie dans la dernière ligne droite de l'élection: faire oublier aux électeurs les positions ultra-conservatrices adoptées pendant la primaire pour mieux se poser en champion de l'emploi et de la classe moyenne. Si Obama reste le favori, Mitt Romney pourrait bien créer la surprise ce mardi.

Il a suffi d'un débat présidentiel, début octobre, pour opérer avec succès cette métamorphose. «Je garantis que les plus riches ne paieront pas une part moins importante d'impôts qu'ils ne le font aujourd'hui», lance alors Romney, avec un aplomb convaincant. A tel point qu'Obama, pas vraiment réveillé, semble sonné et ne réussit pas à souligner les contradictions avec les discours précédents d'un candidat à la primaire républicaine qui promettait des réductions «même pour les plus hauts revenus». Impôts, assurance maladie, retraites... Romney donne un coup de barre au centre, loin des positions défendues par son colistier Paul Ryan dans sa proposition de budget l'an dernier. La stratégie semble payer.

Intervention familiale

Donné perdant par presque tous les modèles fin septembre, Mitt Romney fait désormais jeu égal avec Barack Obama dans les sondages nationaux. Et si le président conserve une légère avance dans la carte électorale Etat par Etat, une victoire du candidat républicain, mardi, ne serait pas une surprise totale.

Selon Politico, ce recentrage est notamment attribuable à Ann et Tagg Romney, l'épouse et le fils ainé du candidat. Fin septembre, court-circuitant de nombreux conseillers hauts placés, ils organisent une «intervention familiale» très américaine, sur le refrain «Laissons Mitt être Mitt». Ann s'occupe d'humaniser le candidat, Tagg se charge de le préparer avant les débats, s'assurant qu'il mette davantage en avant son côté pragmatique et apte au compromis hérité du monde du business.

Romney devant sur l'économie

Le nouveau refrain? «Je sais comment créer des emplois, tendre la main au camp adverse et équilibrer un budget. Je l'ai fait dans le monde de l'entreprise, à la tête du Massachusetts et du comité d'organisation des jeux olympiques de Salt Lake City». Résultat: Mitt Romney devance Barack Obama de 7 points sur la question cruciale «A qui faîtes-vous le plus confiance pour redresser l'économie», selon une étude de Rasmussen.

Ce changement de cap n'est pas la seule explication à son comeback. «L'avance d'Obama était fragile et artificielle car Romney n'avait pas encore cette aura présidentielle. Tout a changé avec trois bonne performances lors des débats», estime le stratège républicain Patrick Dorinson. Après plus de cinq ans passés à faire campagne, Mitt Romney a peut-être enfin trouvé la bonne formule.