Birmanie: Au moins 56 morts dans les violences de l'ouest

© 2012 AFP

— 

Autour d'une soixantaine de personnes ont été tuées en quelques jours dans les violences entre bouddhistes et musulmans, dans l'ouest de la Birmanie, soulevant l'inquiétude croissante de la communauté internationale qui exhorte le pouvoir à agir vite pour apaiser une situation explosive.
Autour d'une soixantaine de personnes ont été tuées en quelques jours dans les violences entre bouddhistes et musulmans, dans l'ouest de la Birmanie, soulevant l'inquiétude croissante de la communauté internationale qui exhorte le pouvoir à agir vite pour apaiser une situation explosive. — afp.com

Autour d'une soixantaine de personnes ont été tuées en quelques jours dans les violences entre bouddhistes et musulmans, dans l'ouest de la Birmanie, soulevant l'inquiétude croissante de la communauté internationale qui exhorte le pouvoir à agir vite pour apaiser une situation explosive. Après plusieurs semaines d'accalmie dans un Etat Rakhine sous état d'urgence, des affrontements ont de nouveau éclaté depuis dimanche entre les bouddhistes de l'ethnie rakhine et les musulmans Rohingyas, une minorité apatride considérée par l'ONU comme parmi les plus persécutées de la planète.

Un porte-parole du gouvernement rakhine a fait état d'au moins 56 morts. «25 hommes et 31 femmes ont été tués dans quatre communes», a indiqué à l'AFP Win Myaing, précisant que 2.000 maisons avaient été incendiées. Un autre responsable, sous couvert de l'anonymat, a évoqué 67 morts. Au moins 75.000 personnes, en grande majorité des Rohingyas, avaient été déplacées par la première vague de violence. Des milliers d'autres affluent désormais vers les camps autour de Sittwe, capitale de l'Etat Rakhine. Des structures déjà surpeuplées où les déplacés manquent de nourriture et de soins.

Des tensions existant depuis des décennies

La crise devient problématique à gérer pour le président Thein Sein, au pouvoir depuis mars 2011, et qui a multiplié les réformes. L'ancien général a notamment entrepris des négociations avec les rébellions ethniques, dont certaines sont en conflit avec le pouvoir depuis l'indépendance en 1948. Mais les violences de l'Etat Rakhine sont d'une tout autre nature.

Elles opposent, dans un des Etats les plus pauvres du pays, deux communautés entre lesquelles les tensions existent depuis des décennies et qui ont plongé dans la violence à partir de juin, avec un bilan officiel total qui approche les 150 morts mais qui est probablement sous-évalué. L'opinion birmane exprime de façon quasi-unanime une grande hostilité à l'égard des Rohingyas, qui sont environ 800.000 dans l'Etat Rakhine, mais ne sont pas reconnus comme une des minorités officielles du pays.

A l'inverse, la communauté internationale s'inquiète du sort réservé à ces musulmans apatrides déjà rejetés ailleurs. «Le gouvernement doit s'attaquer aux causes sous-jacentes des tensions et du conflit entre les communautés bouddhiste et musulmane dans cette région, y compris l'effet des préjugés et des attitudes discriminatoires», a déclaré à New York le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'Homme en Birmanie, Tomas Ojea Quintana. Le régime doit «s'occuper de la discrimination endémique à l'encontre des Rohingyas», a-t-il ajouté avant de présenter son rapport à l'Assemblée générale.

Appel à «stopper immédiatement toutes les attaques»

Les Etats-Unis ont pour leur part exhorté «toutes les parties à faire preuve de retenue et à stopper immédiatement toutes les attaques», réclamant «de sérieux efforts pour aboutir à une réconciliation nationale en Birmanie». Ce vendredi, le quotidien officiel anglophone New Light of Myanmar publiait un communiqué du bureau présidentiel dans lequel il promettait de ramener le calme.

«La communauté internationale observe les progrès en cours en Birmanie avec intérêt», a-t-il souligné. «Des individus et organisations se livrent à des manipulations (...) des mesures légales seront prises à leur encontre.» Dans ce contexte, les principales organisations musulmanes du pays ont annulé les célébrations de l'Aïd Al-Adha, l'une des plus importantes fêtes de l'islam, qui commençait vendredi. Les violences font par ailleurs ressurgir le spectre de l'exil massif de Rohingyas, notamment vers la Malaisie, dans des proportions plus importantes que les années précédentes.

«Nous constatons déjà une augmentation du nombre de bateaux en partance, non seulement de Birmanie mais aussi du Bangladesh», a indiqué à l'AFP Vivian Tan, estimant que les violences allaient sans aucun doute multiplier les départs qui commencent en général à cette époque, à la fin de la saison des pluies. Le Bangladesh voisin, à large majorité musulmane, a de son côté renforcé ses patrouilles frontalières pour s'assurer qu'ils ne puissent pas entrer sur le territoire.