Séisme de L'Aquila: Un tollé et des questions après la condamnation de scientifiques

MONDE La polémique fait rage en Italie et ailleurs...

Corentin Chauvel avec Reuters
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L'un des accusés du procès du séisme de L'Aquila (Italie), le 22 octobre 2012.
L'un des accusés du procès du séisme de L'Aquila (Italie), le 22 octobre 2012. — F.MONTEFORTE / AFP

La condamnation lundi de six scientifiques italiens et d’un responsable gouvernemental à six ans de prison dans le cadre du séisme de L’Aquila en 2009, qui avait fait 308 morts, n’en finit plus de susciter le tollé en Italie et dans le reste du monde, notamment au sein de la communauté scientifique. 20 Minutes revient sur cette décision inédite.

De quoi les accusés ont-ils été reconnus coupables?

La justice italienne les a condamnés pour «homicide par imprudence» en raison de leur mauvaise évaluation des risques naturels pesant sur L'Aquila. Les sept personnes, membres de la Commission nationale de la prévision et de la prévention des risques majeurs, étaient accusées de négligence et d'imprudence. Cependant, il est peu probable que les accusés purgent leur condamnation qui devrait faire l'objet d'un procès en appel.

Sur quoi se fonde la justice italienne?

L'enquête judiciaire s'est concentrée sur les dizaines de secousses telluriques de faible ampleur qui avaient touché la région dans les mois précédents et qui auraient dû servir de signaux d'alerte pour les experts en géologie, les amenant à ne pas minimiser les risques de voir se produire un tremblement de terre plus violent. Si l’accusation n’attendait pas des scientifiques qu’ils fournissent des prévisions précises, elle reprochait à la commission nationale de prévention d'avoir fourni «des informations incomplètes, imprécises et contradictoires» sur le danger potentiel après une réunion tenue quelques jours avant la catastrophe. Pour les membres de cette commission, les mouvements signalés étaient des «phénomènes géologiques normaux».

Quelle était la défense des accusés?

Leurs avocats ont expliqué que les tremblements de terre ne pouvaient pas être prévus et que, même si cela était le cas, il était impossible de les empêcher. «Si un événement ne peut pas être prévu et, plus encore, ne peut pas être évité, il est difficile de comprendre qu'il y ait eu une carence dans la prévision de ce risque», avait plaidé l’un d’eux.

Quelle est la réaction de la communauté scientifique?

Qu’elle soit italienne ou internationale, elle est unanime pour dénoncer cette condamnation. Premiers concernés, les dirigeants de la Commission nationale de la prévision et de la prévention des risques majeurs ont remis mardi leur démission au président du Conseil Mario Monti en signe de solidarité avec leurs collègues accusés. Ils expliquent que le verdict de la justice italienne a créé une situation «incompatible avec l'exercice serein et efficace des tâches de la commission». A l’international également, certains scientifiques évoquent «un dangereux précédent» et le fameux magazine Nature appelle même à manifester.

Quels sont les risques qu’implique cette condamnation?

Elle affectera non seulement la prévision des séismes, mais elle pourrait aussi dissuader d'autres experts de donner leur avis, par exemple en matière d'évaluation de la sécurité des bâtiments, a estimé mardi l’agence italienne de la Protection civile qui craint une «paralysie» dans l'évaluation et la prévention des catastrophes naturelles. Il est «facile d'imaginer l'effet de cet incident sur tous ceux à qui l'on demande d'assumer la responsabilité dans ces secteurs qui sont considérés comme faisant partie des piliers d'un service de protection civile moderne», a-t-elle ajouté. «Je crains que cela décourage d'autres scientifiques d'apporter leurs conseils sur des événements naturels imprévisibles et d'aider la société dans ce domaine», a renchéri Richard Walters du département des sciences de la Terre à l'université d'Oxford.

Qu’est-ce que cette condamnation sous-entend?

Qu’il fallait trouver des coupables, selon les médias. Entre le gouvernement de Silvio Berlusconi qui avait promis une reconstruction rapide de la ville toujours en ruines et les nombreuses questions autour de la fiabilité de constructions qui n’étaient pas aux normes, beaucoup de monde en a réchappé. La gestion de la catastrophe est relatée de manière très critique dans le documentaire remarqué Draquila, réalisé en 2010 par Sabina Guzzanti.