La Force internationale au stade embryonnaire

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Le temps presse, et pourtant, la nouvelle Force
intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), chargée d’épauler l’armée libanaise dans le Sud, tarde encore à se constituer. La tâche est d’autant plus difficile que l’attitude de la France a déconcerté
les nations participantes. Après avoir bataillé pour
faire adopter la résolution 1701 aux Nations unies – qui prévoit le déploiement de cette force internationale –, après avoir été pressentie pour en prendre la tête, Paris a déclaré la semaine dernière qu’elle n’enverrait finalement que 200 soldats en urgence (au lieu des 3 500 envisagés à l’origine), en attendant d’avoir des précisions sur la mission exacte de la Finul. Un chiffre dérisoire au regard des 15 000 militaires requis au total, mais qui s’explique par le souci de ne pas réitérer deux expériences traumatisantes. La première en Bosnie, où la France avait perdu quatre-vingt-quatre hommes sous mandat onusien, la deuxième au Liban où, en 1983, cinquante-huit hommes avaient péri dans un attentat à Beyrouth. Dans le cas présent, Paris veut éviter d’exposer ses soldats aux tirs croisés de l’armée israélienne et du Hezbollah. En outre, l’implication diplomatique de la France face à l’Iran – qu’elle tente de faire fléchir sur le dossier nucléaire –et à la Syrie– qui fait l’objet d’une enquête sur
l’assassinat de l’ex-dirigeant libanais Rafic Hariri – complique encore la donne, l’Iran et la Syrie étant deux soutiens du Hezbollah. Quelque 150 soldats français
ont quitté hier le port de Toulon, tandis qu’une cinquantaine d’autres sont arrivés la veille au sud du Liban. Si l’Italie, la Malaisie, l’Indonésie, la Finlande et l’Espagne ont annoncé ou envisagent une contribution, ils attendent désormais, comme la France, des précisions et des garanties sur la mission de la « Finul élargie ».Or, la mise en place
rapide de cette dernière est d’autant plus pressante qu’Israël a annoncé hier qu’il empêcherait le déploiement de l’armée libanaise à la frontière tant qu’elle ne sera pas appuyée par une force multinationale. Une réunion des Vingt-cinq doit se tenir cette semaine pour clarifier les positions des uns et des autres.

F. V.