Etats-Unis: La boisson énergisante «Monster» pointée du doigt après des morts suspectes

SANTE Un rapport en recense cinq en trois ans, mais sans aucune preuve formelle que la boisson est en cause...

Corentin Chauvel

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Des boissons énergisantes "Monster Energy".
Des boissons énergisantes "Monster Energy". — RICHARD B. LEVINE/NEWSCOM/SIPA

Les boissons énergisantes de nouveau dans le collimateur de la justice. L’Agence américaine des aliments et des médicaments (FDA, Food and drug administration) a publié un rapport dans lequel elle pointe du doigt la marque «Monster» après la mort suspecte de cinq personnes en trois ans, a rapporté lundi le New York Times.

Sans émettre d’accusations directes envers le leader américain des boissons énergisantes (39% de parts de marché) ni apporter de preuves, la FDA recense les différents cas portés à son attention, dont certains sont examinés par la justice.

«Aucun accident mortel» lié à la consommation de Monster

Le dernier en date concerne Anaïs Fournier, une adolescente de 14 ans, originaire du Maryland, décédée en décembre dernier après avoir bu une importante quantité de Monster pendant deux jours. L’autopsie a révélé que la jeune fille était morte «d’une arythmie cardiaque due à la toxicité de la caféine» qui a exacerbé un problème de cœur existant, précise le New York Times.

La mère de la victime, Wendy Crossland, reproche ainsi à la marque de ne pas avertir des risques que comporte sa consommation, la boisson étant particulièrement riche en caféine. Les seules recommandations figurant sur les canettes visent les enfants de moins de 12 ans et les personnes sensibles à la caféine. A titre indicatif, celles bues par Anaïs Fournier contenaient 240 mg de caféine pour 70 cl de boisson, contre 68 mg pour 70 cl de Coca-Cola, sachant que les sodas américains ont des limites de caféine à respecter, contrairement aux boissons énergisantes, qui rentrent dans la catégorie des compléments alimentaires.

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En réponse à ces accusations, Monster a simplement répliqué que la boisson énergisante est sûre et n’a pas causé la mort d’Anaïs Fournier. L’entreprise n’est d’ailleurs au courant «d’aucun accident mortel lié à sa consommation», a indiqué sa porte-parole la semaine dernière, citée par le New York Times.

La justice comme seul recours?

Outre les cinq morts depuis 2009, le rapport de la FDA rapporte de nombreux autres incidents, remontant jusqu’à 2004, qui pourraient être liés à la boisson énergisante: crise cardiaque, douleurs abdominales, vomissements et autres troubles de la fréquence cardiaque. Cependant, le quotidien évoque un manque de clarté concernant le contexte de ces maux. La FDA n’indique en effet pas si d’autres facteurs sont intervenus telle qu’une consommation d’alcool ou de drogue. Mais l’agence précise qu’elle sous-estime volontairement et largement le véritable nombre de cas suspects.

Wendy Crossland ne devrait ainsi pouvoir compter que sur la justice pour obtenir éventuellement gain de cause. A l’image de ce rapport qui ne fait finalement que soulever des questions, la FDA concède qu’elle n’a aucun rôle à jouer pour déterminer la responsabilité ou non des fabricants de boisson énergisante dans les cas de décès suspects. Elle estime que c’est à ces derniers d’enquêter sur les accusations portées contre eux.

Une stratégie publicitaire agressive

L’espoir, si le lien entre santé et consommation de boisson énergisante est un jour avéré, pourrait également venir des législateurs, dont certains appellent à une meilleure régulation de ce type de boisson. Un procureur de New York a d’ailleurs assigné trois marques de boisson énergisante en juillet dernier, dont Monster, dans le cadre d'une enquête sur les pratiques agressives de ces compagnies en termes de publicité et de marketing à destination des adolescents et jeunes adultes.

Eric Schneiderman devait tenter d'établir si ces entreprises n'exagèrent pas, dans leurs communications publicitaires, les bénéfices de leurs produits tout en minimisant le rôle stimulant de la caféine, dont elles n’indiquent d’ailleurs pas le taux de caféine, n’y étant pas obligées. Leurs ventes connaissent une croissance rapide sur le marché stagnant des boissons non alcoolisées.