Election américaine: «Obama est avant tout conservateur»

ETATS-UNIS Le directeur du «Harper's Magazine», John R. MacArthur, répond à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Faustine Vincent

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Barack Obama lors du premier débat présidentiel face à Mitt Romney à Denver, dans le Colorado, le 3 octobre 2012.
Barack Obama lors du premier débat présidentiel face à Mitt Romney à Denver, dans le Colorado, le 3 octobre 2012. — M.REYNOLDS/AFP

John R. MacArthur, directeur du Harper's Magazine, publie L'illusion Obama (éd. Les Arènes), recueil de ses éditos acides sur le président américain, qu'il juge trop conservateur.

Vous étiez critique dès le début envers Barack Obama. Quel bilan faites-vous de son mandat?

Il avait promis de réformer le système financier et de punir Wall Street après la crise financière. Il ne l’a pas fait, parce que c’est Wall Street qui l’a financé. Le premier donateur de sa campagne en 2008, c’est [la banque] Goldman Sachs! Il a raté l’occasion de réduire l’écart indécent entre riches et pauvres aux Etats-Unis, où 1% de la population contrôle presque tout. Le salaire minimum, qu’il avait promis d’augmenter, ne cesse de baisser et se trouve aujourd’hui au même niveau qu’en 1968. Il avait aussi promis de réformer l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui est en train de désindustrialiser l’Amérique. Il ne l’a pas fait.

Comment expliquez-vous ces échecs?

Obama est issu du milieu politique de Chicago, que je connais très bien pour y avoir grandi. C’est cette machine démocrate quasi-soviétique qui l’a lancé. Partant de là, aucune réforme n’est possible, car l’intérêt de cette machine c’est le pouvoir et le maintien du pouvoir, rien d’autre. Obama a été caricaturé comme socialiste, alors qu’il est essentiellement conservateur, favorable au statu quo. C’est un homme froid et hautain, issu d’un milieu bourgeois. Il a mis ses filles dans une école privée, alors que [l’ex-président démocrate] Jimmy Carter avait mis sa fille dans le public…

Quelle mesure trouve grâce à vos yeux?

Sa prudence sur l’Iran. Mais cela pourrait changer s’il est réélu. J’ai aussi été ravi par son discours au Caire à l’adresse des musulmans [il avait déclaré que «Les Etats-Unis ne seront jamais en guerre contre l’islam»]. Mais personne ne parle du fait qu’avant le Caire, Obama était allé à Ryad, en Arabie saoudite, où le régime est le plus radical du monde arabe, afin de resserrer les liens avec les autorités pour le pétrole!

Que pensez-vous de sa réforme de l’assurance-maladie, considérée comme sa principale réalisation?

Il a obligé 30 millions de personnes à prendre une assurance privée [sous peine d’une amende] ! Il a ainsi garanti les revenus de ces sociétés privées, qui donnent de l’argent aux démocrates, alors qu’il aurait pu étendre le programme Medicare, public et efficace. La seule crainte des assurances privées, avec cette réforme, c’était que l’amende ne soit pas assez forte…

Et la capture de Ben Laden?

Je ne blâme pas les soldats qui ont tiré sur lui, mais j’aurais aimé qu’il soit traduit en justice. C’était un assassinat.

Vous dites que le Tea Party a bien arrangé Obama. En quoi?

Le Tea Party a servi d’épouvantail, bien qu’il soit minoritaire. Obama disait: «Votez pour moi, sinon le Tea party va retirer le droit à l’avortement, recommencer la guerre, rejeter les immigrés, instaurer la religion dans les écoles publiques», etc... Va-t-il utiliser cette stratégie jusqu’à la fin? Son adversaire républicain, Mitt Romney, s’est repositionné vers le centre. Donc Obama est obligé de caricaturer Romney encore plus, en le disant otage du Tea Party.

Quel regard portez-vous sur la campagne présidentielle?

Elle est complètement axée sur les levées de fonds, qui occultent tout le reste. Une fois, en sortant d’une soirée de l’ONU à New York, je me suis retrouvé bloqué. On m’a expliqué que le président était en ville, chez un ami banquier, pour collecter des fonds.

Pensez-vous qu’Obama sera réélu?

C’est serré. Tout peut basculer. Il y a deux mois, j’aurais dit oui parce qu’il avait récolté plus d’argent que Romney. Mais l’argent ne fait pas tout non plus, et les gens ont un peu voix au chapitre. Malgré tout, je pense que oui, Obama va gagner.

Que reste-t-il des espoirs soulevés par son élection en 2008?

De belles phrases vides. Et s’il est réélu, ce sera l’impasse, car le parti républicain aura encore la majorité au Congrès. Obama va continuer sa marche vers la droite, lentement mais sûrement, en continuant à faire des compromis avec elle.

88% des Français souhaitent la victoire d’Obama. Ça vous surprend?

Je ne les blâme pas, surtout après l’horreur des années Bush, mais ils ne connaissent pas le vrai Obama. Ils ont été leurrés par ses beaux discours, qu’ils entendent de loin.