Les Israéliens sceptiques face au cessez-le-feu

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En 1982, lors de la première guerre du Liban et après les massacres de Sabra et Chatila, ils étaient 400 000 à manifester à Tel-Aviv pour l’arrêt des opérations militaires. Aujourd’hui, la très laïque ville côtière cautionne du bout des lèvres le cessez-le-feu accepté par le gouvernement et même si les Israéliens sont toujours derrière leur armée, l’opinion publique, elle, commence à montrer des signes de lassitude.
Ainsi, le fils de Hanny, pharmacienne dans un quartier chic de la ville, sert dans l’armée israélienne, « mais heureusement dans le sud du pays ». Pour la mère du soldat, la résolution de l’ONU restera sans aucun doute lettre morte, car « de toute façon, on ne peut négocier avec le Hezbollah: pourquoi engager un cessez-le-feu avec un adversaire qui ne tient pas ses promesses ? »
Dans sa librairie française, Sarah, elle, veut quand même voir un espoir en ce cessez-le-feu : «Le Liban a besoin d’une force internationale. Il faut qu’on les aide à se soutenir et à ne plus avoir le Hezbollah sur le dos».

Dimanche, Israël a vécu sa journée la plus meurtrière depuis le début des affrontements au Liban : 24 soldats israéliens ont été tués, dont cinq lorsqu'un hélicoptère a été abattu par une roquette. A moins de 24 heures du cessez-le-feu , l'armée israélienne avait tenu à poursuivre son offensive terrestre de grande envergure lancée samedi dernier. Au Sud Liban, les effectifs militaires dépêchés sur place étaient impressionnants : 30.000 militaires ont participé aux opérations contre le Hezbollah.

Le gouvernement israélien a entériné malgré tout la résolution 1701 de l'ONU. Une décision prise à la quasi-unanimité. Pour le Premier ministre Ehud Olmert, pas de doute : « Cette résolution est bonne pour Israël dans la mesure où elle aboutira à l'entière mise en application de la résolution 1559, portant sur le désarmement du Hezbollah. »

Et pourtant, si 24 ministres du gouvernement (sur 25) ont voté en faveur de la résolution, l’opposition se montre septique. Ainsi, Silvan Shalom, du Likoud (un des partis de droite israélienne), s’oppose farouchement à une trêve avec le Hezbollah : « Je ne sais pas s’il y aura vraiment un cessez-le-feu, admet l’ancien ministre des affaires étrangères du gouvernement Sharon, mais s’il y en a vraiment un, il sera fragile et provisoire ! Le pire, c’est qu’il permettra surtout au Hezbollah de se refaire une santé. »

La presse israélienne, elle n’est pas en reste. Pour, Daniel Ben Simon, éditorialiste du quotidien «Haaretz», ce cessez-le-feu est « un échec aux yeux des Israéliens. L’arrêt de l’offensive terrestre est vécu comme une erreur tactique. »
En Israël, le cessez-le-feu a pris effet officiellement lundi à 8 heures du matin. Aussi, pour Daniel Ben Simon, comme pour beaucoup d’autres Israéliens, on ne se fait guère d’illusion sur la suite des événements : « Qui sait ce qui se passera après ? Qui tirera le premier ? »

Benoit Faiveley