Liban : les réfugiés redonnent vie aux ruines

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David Hury

Bienvenue à Haret Hreik ! Dès l’aube lundi matin, des centaines de réfugiés ont regagné ce quartier de la banlieue sud de Beyrouth. Au moins histoire de voir à quoi ressemble leur rue ou leur immeuble, s’il existe encore. Pour récupérer quelques effets personnels surtout. « Notre quartier a été bombardé les premiers jours, raconte Nada, 19 ans. Avec ma famille, nous sommes revenus chercher mes diplômes, et ceux de mes frères et sœurs. A l’étranger, les gens croient que nous vivons dans le désert, avec des chameaux. Ce n’est pas parce que nous sommes chiites que nous sommes ignorants. Nous avons des diplômes d’un peu partout dans le monde », dit-elle avec fierté. «Nous, nous n’étions pas pour le Hezbollah avant, reprend sa sœur. Mais maintenant nous avons tout perdu, et le seul à qui nous faisons désormais confiance, c’est Hassan Nasrallah. C’est le seul qui nous a défendus.»

En pénétrant dans les rues que bulldozers et pelleteuses ont déjà déblayées, ce ne sont pas les immeubles éventrés ni les camions chargés de gravas qui sautent aux yeux, mais les visages de ces civils, contraints de tout quitter du jour au lendemain. Dans les rues, certains se demandent où ils sont, tant le paysage a changé. Mais dans tous les regards se lit l’envie de vivre, de nettoyer et reconstruire. Dans sa boutique à la vitrine soufflée, en face d’une vieille église, Joëlle range sur ses étagères les verres et les vases indemnes. « Je vais dormir dès ce soir chez moi, dit-elle avec le sourire. Et en attendant de pouvoir rouvrir ma boutique, je vais installer ici un petit snack, je fais des galettes de thym succulentes ! » Un peu plus loin, une foule regarde les pompiers éteindre un incendie : les derniers bombardements dans le quartier remontent à deux jours seulement. Hommes, femmes et enfants se bouchent le nez ; tout le monde demande des nouvelles de tout le monde. Mais si la vie semble reprendre le dessus tellement vite, les riverains savent que l’immense majorité d’entre eux ne vont pas revenir habiter là de sitôt. Car il va falloir dynamiter la plupart des immeubles aux fondations branlantes. Puis reconstruire un nouveau Haret Hreik. « Rendez-vous dans un an, assure Nada. Nous reviendrons, dans la dignité. »

Texte et photos : David Hury

Photo 1 : l’entrée du quartier de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth.
Photo 2 : les habitants du quartier soutiennent le Hezbollah envers et contre tout.
Photo 3 : dans les rues méconnaissables, les familles cherchent leurs repères.
Photo 4 : Joëlle nettoie sa boutique, et compte bien dormir chez elle ce soir.
Photo 5 : certains repartent avec quelques effets personnels retrouvés dans les décombres.
Photo 6 : les jeunes en scooter sillonnent les rues, drapeaux au vent.
Photo 7 : Nada, soulagée d’avoir au moins retrouvé ses diplômes.