Dans les files d'attente d'Heathrow

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BAA gère sept aéroports en Grande-Bretagne, dont celui d'Heathrow dans l'ouest de Londres, et a des parts ou des activités dans une douzaine d'autres, en Europe, en Australie et aux Etats-Unis.
BAA gère sept aéroports en Grande-Bretagne, dont celui d'Heathrow dans l'ouest de Londres, et a des parts ou des activités dans une douzaine d'autres, en Europe, en Australie et aux Etats-Unis. — Carl de Souza AFP

Allongé à même le sol, un walk-man sur les oreilles, les yeux mi-clos, Alex Larrea prend son mal en patience. Le jeune Américain est parti il y a tellement longtemps qu’il ne sait plus quel jour il a embarqué. «C’était mercredi ? Ou mardi ? » Musicien, âgé de 18 ans, en partance pour un concours musical en Allemagne, il a pris un premier avion à Dallas mercredi matin, avant de changer à Boston et d’atterrir jeudi matin à Heathrow. Huit heures plus tard, il y est encore. «J’attends qu’on me donne des informations. Notre avion de British Airways est annulé et on espère en trouver un autre dans un autre aéroport. Mais on ne sait absolument pas si on arrivera à temps pour les concerts. »
De telles scènes de chaos se répètent un peu partout dans le terminal 1 d’Heathrow, le principal aéroport de Londres. Dans une organisation toute britannique, d’immenses files d’attentes se forment. Le personnel de l’aéroport, dans des gilets jaune fluo, fait de son mieux pour informer les passagers. « Je ne suis pas vraiment au courant de ce qu’il se passe », est cependant forcée d’avouer Anna, jeune hôtesse de l’air qui s’est portée volontaire pour organiser les flots de personnes.
La plupart des vols vers l’Europe et les Etats-Unis sont annulés. Les rares qui partent encore, essentiellement vers l’Extrême-Orient, sont extrêmement lents à embarquer. Il faut dire que les mesures de sécurité sont extrêmes. Un dépliant distribué aux passagers souligne que presque rien n’est autorisé à bord : ni bagage à main, ni aucun liquide, ni même des clés de voiture qui comprennent des déclenchements électroniques. Le lait pour les biberons des bébés doit être « goûté par les passagers » devant les agents de sécurité avant d’être admis. Des sacs plastiques sont distribués pour y mettre les bagages à main et les enregistrer en soutes. Ensuite, des fouilles au corps sur les passagers sont réalisées une par une, ralentissant encore un peu plus le processus.
Dans l’ensemble pourtant, l’ambiance reste plutôt bon enfant. « On ne peut pas s’agacer dans une telle situation, provoquée par les terroristes », explique Nathalie, une Française de Toulouse, qui a passé quelques jours de vacances à Londres. Son avion est annulé et elle a trouvé une place pour aujourd’hui à partir d’un autre aéroport de Londres. « Mais notre hôtel ne sera pas pris en charge et il faut qu’on se débrouille nous-mêmes pour en trouver un. »
Rafaela, une Italienne qui rentre de New-York, est moins compréhensive. Epuisée par son voyage qu’elle a entamé la veille, elle s’agace de l’organisation sur place. Elle n’a trouvé aucun vol pour Milan avant demain et n’a pas d’hôtel réservé. « On m’a dit : ‘rentrez chez vous, on vous contactera’. Mais je n’habite pas Londres, où est-ce que je peux aller ? » Fataliste, elle ajoute cependant : « Dieu merci je suis arrivée à Londres avant qu’une attaque terroriste ne se produise au-dessus de l’Atlantique. »

Eric Albert