"La mouvance djihadiste internationale est mobilisée et déterminée"

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Interview de Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes et auteur du « Londonistan, la voix du djihad » (Editions Michalon)

La Grande-Bretagne a déjoué un projet d’attentats de grande ampleur, un an après ceux de Londres. Pourquoi le pays est-il une cible privilégiée du terrorisme ?

C’est un objectif important, tout comme les Etats-Unis, certains pays d’Europe (Italie), les pays alliés à Israël et l’Etat hébreu lui-même, parce que la Grande-Bretagne représente d’abord un ennemi de la communauté islamiste. Sa participation militaire à la guerre en Irak est également un facteur aggravant. Dernier aspect : le contexte international, très tendu, avec le conflit en Palestine et au Liban, la guerre en Irak, en Afghanistan et en Tchétchénie. Nous sommes confrontés à un mouvement djihadiste international mobilisé et déterminé à monter des opérations, spectaculaires si possible, pour montrer qu’il est toujours actif et pour se poser comme le défenseur de la communauté islamique, capable de répondre aux agressions directes.

Doit-on aussi y voir le retour du « Londonistan » ?

Le Londonistan est un peu mort depuis plusieurs années. Le coup de grâce a été apporté avec les attentats de juillet dernier à Londres. La législation a été durcie et depuis, cette mouvance s’est désagrégée. Même s’il reste peut-être des cellules clandestines et isolées, qui peuvent devenir des menaces plus précises.

Peut-on s’attendre à un nouveau durcissement de la législation anti-terroriste en Grande-Bretagne ?

La loi est suffisamment adaptée. Ce que peuvent faire les Britanniques aujourd’hui, c’est uniquement renforcer la surveillance, mais l’arsenal juridique est suffisamment important.

Les journaux britanniques, dressant le bilan un an après les attentats de Londres, affirmaient il y a quelques jours que « rien n’a changé », que les défaillances institutionnelles et le manque de moyens subsistent, et que le pays est toujours vulnérable aux islamistes. Partagez-vous ce point de vue ?

Ils parlent de défaillances, mais des gens déterminés pourront de toute façon frapper. Il n’y a pas de risque zéro.

Pourquoi le gouvernement a-t-il décidé de communiquer sur ces attentats déjoués, au risque de créer la panique ?

Il y a deux aspects. C’est d'abord une façon pour lui de dire « regardez, on fait quelque chose et on a des résultats », tout en justifiant une surveillance et des moyens accrus contre le terrorisme. Ensuite, et alors que la menace terroriste a atteint son apogée, c’est une manière de tirer l’alarme de façon officielle.

Recueilli par Faustine Vincent