L'espoir de paix s'envole pour le Liban

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Le cabinet de sécurité israélien a donné mercredi son feu vert à l'extension des opérations terrestres au Liban sud, a annoncé la radio publique.
Le cabinet de sécurité israélien a donné mercredi son feu vert à l'extension des opérations terrestres au Liban sud, a annoncé la radio publique. — Menahem Kahana AFP

Au 29e jour d'un conflit qui a fait près de 1 100 morts dans le pays, en majorité des civils, l'aviation israélienne poursuit ses raids. Elle a visé mercredi routes et ponts, et a tué au moins 9 personnes dont un cadre du Hezbollah et six membres de sa famille, ainsi que deux Palestiniens, selon la police. Le cabinet israélien a en outre donné son feu vert à l'extension des opérations terrestres au Liban sud, et a prévenu qu’elle devrait durer encore "plus de 30 jours", selon Eli Yichaï, l'un de ses membres.

A l’ONU, tout espoir d'une trêve imminente s’est évanoui. Le projet de résolution du Conseil de sécurité doit être retouché après son rejet par Beyrouth.
De son côté, le président Jacques Chirac a mis en garde contre une renonciation "à un cessez-le-feu immédiat", estimant que le conflit menaçait la stabilité de toute la région. Il a également fait état d'une "réserve américaine" sur les demandes du Liban à l'ONU.
Le Liban réclame quant à lui que le texte exige un retrait des troupes israéliennes du Liban sud immédiatement après la cessation des hostilités. Pour appuyer sa demande, le gouvernement libanais a annoncé cette semaine qu'il déploierait 15 000 hommes dans le sud du Liban pour reprendre le contrôle de ce fief du Hezbollah, dès le retrait israélien. Une annonce accueillie avec prudence par Israël, qui souhaite lui se retirer du Liban sud seulement après le déploiement d'une force internationale. Entretemps, l'armée israélienne, dont 10 000 hommes opèrent au Liban sud, avait intensifié ses préparatifs pour étendre ses opérations terrestres. Objectif : neutraliser la menace du Hezbollah qui continue de lui opposer une forte résistance 29 jours après le début du conflit.

Sur le plan diplomatique, l'émissaire américain David Welch a rencontré les dirigeants libanais à Beyrouth, à l'occasion de sa deuxième visite au Liban en quatre jours. Il souhaite que puisse être rédigé un texte de résolution à l'ONU tenant compte des objections libanaises sur la première mouture franco-américaine. Mais après sa rencontre avec Welch, le Premier ministre Fouad Siniora a affirmé qu'il n'y avait "pas de progrès jusqu'à présent" dans la rédaction d'une nouvelle mouture.
Les discussions à l'ONU sur des modifications du projet vont retarder l'adoption d'une résolution, selon l'ambassadeur de France à l'ONU Jean-Marc de La Sablière. Ce dernier a toutefois espéré un vote "bientôt (...), certainement cette semaine". Toute résolution doit appeler à "un cessez-le-feu immédiat et complet et à un retrait des forces israéliennes derrière la ligne bleue" marquant la frontière entre les deux pays, a plaidé la délégation arabe mardi à l'Onu à New York.

Malgré une campagne militaire destructrice, les combattants du Hezbollah continuent à défier Israël et à tirer une centaine de roquettes par jour sur le nord du pays, où 36 civils ont été tués alors que 65 militaires ont péri depuis le début du conflit. Une centaine de roquettes, dont certaines de longue portée, se sont abattues sans faire de blessés mercredi sur le nord d'Israël. Des sources palestiniennes ont fait état de la chute de certains de ces projectiles dans l'extrême nord de la Cisjordanie.
Ces tirs poussent Israël à continuer l'évacuation de Kyriat Chmona, près de la frontière avec le Liban. C'est la première fois depuis le première guerre israélo-arabe de 1948 que la population d'une localité entière (15 000 personnes sur 24 000 sont déjà parties) est évacuée.

Par ailleurs, l'interdiction de circuler dans le sud du Liban, décrétée par Israël lundi soir, complique encore l'acheminement de l'aide internationale, qui déjà relevait du cauchemar logistique dans un pays noyé depuis un mois sous les bombardements, au réseau routier détruit. L'organisation britannique Oxfam a qualifié mercredi "d'épouvantable" la situation humanitaire au Liban, où plus de 900 000 personnes, le quart de la population, ont été déplacées en un mois de guerre entre Israël et les combattants du Hezbollah. L'ensemble des organisations non gouvernementales ainsi que les agences de l'ONU s'alarment du sort des populations du Liban sud, piégées par les combats dans la zone frontalière avec Israël, mais aussi des énormes difficultés à circuler dans l'ensemble du pays à cause des destructions des routes et des ponts, et de la menace permanente des bombardements.

Faustine Vincent (avec AFP)