Ambiance de merde à Guantanamo

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Plusieurs auditions sont organisées à compter de mardi au Sénat américain pour permettre le jugement de détenus étrangers de Guantanamo par des tribunaux militaires, après l'invalidation des juridictions actuelles par la Cour suprême.
Plusieurs auditions sont organisées à compter de mardi au Sénat américain pour permettre le jugement de détenus étrangers de Guantanamo par des tribunaux militaires, après l'invalidation des juridictions actuelles par la Cour suprême. — Shane T. McCoy AFP/Archives

Des documents juridiques récemment rendus publics viennent illustrer l’ambiance terrible qui règne à la prison de Guatanamo où sont incarcérés depuis quatre ans plus de 400 prisonniers supectés d’appartenir à Al Qaïda. Les cas de suicides recensés ces derniers mois avaient attiré l’attention de l’opinion publique internationale sur les conditions de détention à « Gitmo », mais ce qu’on mesurait moins, c’est la propension des prisonniers à se rebeller contre leurs gardiens. Des rebellions symboliques puisque, au contraire des détenus classiques qui parviennent à se fabriquer des armes, ceux de Guatanamo sont soumis à un rigoureux minimalisme matériel (quelques articles de toilette et un coran, en plus de leurs vêtements).

Voici quelques mois, la Landmark Legal Foundation, une ONG américaine pourtant très conservatrice, a obtenu des dépositions effectuées par les gardiens de la prison : 400 pages, dont certaines sont en ligne sur le site The Smoking Gun, spécialisé dans la révélation de documents bruts. Ceux-ci ont été obtenus en vertu du Freedom of Information Act, qui donne à chaque citoyen la possibilité de demander des documents officiels. Bien que largement caviardés par le département américain de la Défense, ils parlent  d’eux-mêmes. Il décrivent des prisonniers s’attaquant à leurs geoliers par tous les moyens possibles : ils leur attrapent le bras lorsque les repas sont apportés dans les cellules, leur crachent dessus, les griffent… Les détenus utilisent aussi leurs urines et excréments qu’ils jettent à la figure des militaires (certains ont dû être traités dans des unités de décontamination).

Même si rien n’indique que ces mini-révoltes soient organisées, l’administration américaine s’inquiète depuis un moment du rôle joué par Al Qaïda dans la structuration de l’organisation carcérale. Un document interne de la CIA, également révélé par The Smoking Gun, évoque en 2002 les tactiques déployées par Al Qaïda à Guantanamo et ailleurs. Ce mémo souligne l’impuissance de l’administration à gérer ce problème. A posteriori, cette crainte – fondée ou non – de l’administration américaine expliquerait les conditions d’exception en vigueur à Guantanamo, no man’s land humain et juridique devenu un embarras pour les Etats-Unis.

Frédéric Filloux