Les Arabes israéliens : victimes « collatérales » du Hezbollah

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  — Benoît Faiveley

La route du centre-ville de Majdal Krum porte encore les stigmates de l’impact de la roquette : un trou béant éventre le bitume, les bâtiments aux alentours sont criblés d’éclats de l’explosion et des billes en acier contenues dans la roquette.
Pour quatre mois encore, Nisren, une Arabe israélienne, devra porter le deuil. En revenant de la mosquée vendredi dernier, son mari et son cousin ont trouvé la mort quand la katioucha a percuté le sol. Alors quand le Hezbollah – dont les membres sont musulmans et arabes – envoie des roquettes sur l’Etat hébreu et tue des Arabes, Nisren ne comprend pas : «Les Arabes souffrent de chaque côté, commente-t-elle, très émue. Il faut tout arrêter, il y a trop de sang versé. »

A seulement quelques dizaines de kilomètres du Liban, les habitants de Majdal Krum sont exclusivement des Arabes israéliens, des Palestiniens restés en Israël après la guerre d’indépendance de 1948. Mais la balistique approximative des roquettes libanaises ne fait pas le distinguo. Lorsque le Hezbollah cible Israël, « Le Parti de Dieu » ne peut frapper exclusivement des Juifs car le nord du pays est constitué d’une mosaïque de populations entremêlées juives et arabes.

A une dizaine de mètres du cratère, Hussein contemple encore les dégâts causés à son minibus : plus de fenêtres, des pneus crevés. Des éclats ont aussi mitraillé tout le flan droit du véhicule. Dans l’attaque, Hussein n’a pas seulement perdu son gagne-pain, il a aussi perdu son beau-frère, Mohammed. Pourtant ,il refuse de tenir le Hezbollah comme responsable de sa mort, car « c’est Ehud Olmert qui a commencé cette guerre, pas les Arabes.»

Un peu plus loin, la ville de Karmiel qui jouxte celle de Majdal Krum. Avec ses drapeaux frappés de l’étoile de David, les habitants sont ici tous Juifs israéliens. Après plus de trois semaines de conflit avec le Liban, les rues sont désertes : comme d’autres villes du nord d’Israël, elle a aussi subi le feu des roquettes katiouchas.
Ville à majorité russe, ses habitants sont venus rejoindre l’Etat hébreu après la chute du bloc de l’URSS. Ces récents immigrés sont généralement très nationalistes et beaucoup s’offusquent de la réaction des Arabes israéliens : « C’est scandaleux, ils profitent du sang juif versé dans la bataille, commente Boris, ils profitent des allocations, des avantages de l’Etat et tout ça sans contrepartie. Ils ne méritent pas de vivre en Israël.»

Aujourd’hui, si les Arabes israéliens représentent 20% de la population totale d’Israël, depuis le début du conflit, ils comptent pour 40% des victimes civiles. Il y a deux semaines, une roquette tombait à Nazareth, une ville à majorité arabe. La katioucha tuait deux enfants. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, déclarait alors que les victimes arabes, étaient « des martyrs de l’Islam ».

Benoit Faiveley