« Chaque semaine perdue fait le jeu des terroristes »

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense à Paris, lundi.
Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense à Paris, lundi. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Aux Nations unies, la France s'est dite prête à soutenir une force armée africaine qui combatte les groupes islamistes au Nord-Mali. En exclusivité pour 20 Minutes, le ministre de la Défense détaille la position française.
Pourquoi la France veut-elle agir

au plus vite sur le dossier malien ?
Défendre l'intégrité territoriale du Mali, c'est défendre la sécurité de l'Europe. Depuis plusieurs mois, des groupes de djihadistes – Mujao, Ansar Dine, Aqmi, Boko Haram – profitent d'une forme de déshérence de l'Etat malien pour progresser vers le Sud. Et pour établir une zone qui est en train de devenir un sanctuaire terroriste. Cette situation ne peut plus durer. Il faut agir vite : chaque semaine perdue fait le jeu des terroristes.
Vous parlez de « sanctuaire terroriste ». Avez-vous des informations sur des menaces ?
D'abord, ils ont des otages. Ensuite, les menaces proférées par ces groupes portent sur l'Europe. Enfin, si j'avais d'autres renseignements, je ne vous le dirais pas.
Cette position offensive

ne renforce-t-elle pas

le risque terroriste en France ?
Laisser les choses en l'état plus longtemps n'est pas acceptable pour notre sécurité. Mais ce sont les Africains, avec la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), et éventuellement l'Union africaine, qui doivent appuyer l'armée malienne dans sa reconquête. La France, elle, est en soutien. C'est-à-dire l'accompagnement de l'organisation, l'expertise, la formation, la logistique. A ce stade, nous n'envisageons pas de combattre au sol. Lors de la réunion des ministres européens de la Défense la semaine dernière, il a été convenu que l'UE fera le 15 octobre des propositions de participation de l'Europe à cette stratégie. Il y a donc un soutien européen à la démarche.
La France participera-t-elle

au renseignement ?
Cela fait partie de la logistique…
La France fournira-t-elle des armes ?
J'attends très clairement que l'UE fasse des propositions d'organisation et de soutien. J'attends aussi que la Cédéao nous dise comment elle compte intervenir en appui de l'armée malienne.
Avez-vous les moyens budgétaires pour assurer de telles missions ?
Ce n'est pas une opération de type Afghanistan. Les montants se justifient par l'importance du sujet.
La France n'agira-t-elle que sous mandat onusien ?
Le président Hollande a obtenu mercredi dernier le soutien de la communauté internationale à cette intervention. La France n'agira que sous mandat de l'Onu, qu'avec l'accord du Mali et qu'en accompagnement d'une initiative militaire africaine.
Des informations de presse

font état de la présence de Français

au sein de ces groupes djihadistes

au Nord-Mali. Confirmez-vous ?
Je ne peux rien dire. Mais si on laisse les choses en l'état, une filière d'entraînement et de formation au terrorisme va se créer.
Cette zone sahélienne représente-t-elle désormais un danger

plus élevé que l'Afghanistan ?
La grande différence avec l'Afghanistan, c'est que le Sahel se trouve à 1 200 km du sud de l'Europe. Quand nous sommes intervenus en Afghanistan en 2001, c'était au lendemain des attaques du 11 Septembre. N'attendons pas qu'un tel drame se reproduise pour agir.