Egypte: Activistes et Frères musulmans ne peuvent pas se voir en peintures

INTERNATIONAL Un mur de peintures attise les tensions au Caire...

De notre envoyé spécial au Caire, Matthieu Goar

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Les caricatures de l'actuel président Mohamed Morsi sur un mur non loin de la place Tahrir, au Caire, le 25 septembre 2012.
Les caricatures de l'actuel président Mohamed Morsi sur un mur non loin de la place Tahrir, au Caire, le 25 septembre 2012. — A. GELEBART / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux au Caire

Perché sur son escabeau, Ahmad, révolutionnaire de la place Tahrir, a troqué les pavés contre un pinceau. Appliqué, il dessine une botte crantée et l’acronyme, ACAB («All Cops are bastards»). Peinture éphémère. Le lendemain matin, tout le pan de mur a été repeint en blanc. Un peu plus loin, la tête caricaturée du successeur de Hosni Moubarak, le président Mohamed Morsi, représenté dans une carte à jouer, a été gribouillée. «Les partisans des Frères musulmans [au pouvoir depuis décembre 2011] passent tard la nuit ou tôt le matin pour peindre sur nos graffitis», explique Sam, activiste égyptien de 23 ans, présent tous les soirs sur le trottoir de cette rue Mahmoud, théâtre depuis la mi-septembre d’une bataille artistico-politique entre le nouveau pouvoir et les activistes.

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«Vous pouvez repeindre mais vous n’effacerez pas ce qu’il y a dans notre cœur»

Tout commence une nuit de septembre, lorsque les autorités municipales du Caire repeignent entièrement le mur de cette rue en blanc. Depuis le mois de novembre 2011 et les affrontements qui avaient opposé ici le peuple du Caire et la police, ce fronton était le lieu d’expression privilégié des activistes qui raillaient le régime de Moubarak, grimé en policier, ou l’armée représentée par un serpent étouffant le peuple. Sauf que depuis la victoire du Parti de la liberté et de la justice des Frères musulmans, les dessins contre le nouveau pouvoir ont repris. «Ils ont gagné des élections libres mais inégales car leur organisation a acheté les gens en distribuant de la nourriture», justifie Noha Tavek, activiste de la première heure. «Vous pouvez repeindre mais vous n’effacerez pas ce qu’il y a dans notre cœur», peut-on lire à côté du dessin d’un chevalier.

«La Révolution est juste une idée, il ne faut pas en faire un lieu de mémoire»

«Un soir, ils nous avaient laissé un message en plus: «La Révolution est juste une idée, il ne faut pas en faire un lieu de mémoire». En repeignant par-dessus, on leur dit d’aller se faire foutre», détaille Sam, un œil sur la foule qui se masse devant le mur. Le soir, curieux et caméras de télévisions, se pressent. La tension monte lorsqu’un homme trouve offensant un graffiti contre les Frères musulmans. Un activiste de gauche sort sa ceinture pour le repousser. «Ils peuvent continuer à protester. Le peuple a dit ce qu’il avait à dire en votant pour nous», rétorque, Ahmed Sobea, porte-parole du Parti de la Liberté et de la justice.