Egypte: Pays éternel en quête d'un nouvel avenir

INTERNATIONAL 18 mois après la révolution, retour en Egypte....

De notre envoyé spécial, Matthieu Goar

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Des enfants obligés d'escalader un mur pour rejoindre leur école, au Caire, le 25 septembre 2012.
Des enfants obligés d'escalader un mur pour rejoindre leur école, au Caire, le 25 septembre 2012. — A. GELEBART / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux au Caire, Alexandre Gélébart et Matthieu Goar

La bande accoste les conducteurs, les passants, les clients des cafés du quartier populaire de Tal-Beyya. «Si vous subissez des coupures de courant, des actions de la police, dites-le nous, nous connaissons le préfet», leur lance Icheeb, le chef d’un petit groupe de dix-huit garçons. En 2011, au début de la révolution, la plupart de ces jeunes avaient marché cinq heures et franchi deux cordons policiers pour rejoindre la place Tahrir. Aujourd’hui, ils distribuent des tracts au nom du mouvement du 6 avril. Objectif de ce groupe de pression libéral, précurseur de la révolution: mettre le nouveau pouvoir sous surveillance. «Les policiers ont été meurtris dans leur amour-propre. Mais tout cela peut évoluer très vite. C’est notre rôle de rappeler aux citoyens qu’ils ont maintenant des droits», explique Mahmoud Afifi, porte-parole du mouvement.

>> Retrouvez notre dossier sur les suites du Printemps arabe

L’enjeu de la Constitution

A quelques embouteillages de là, la place Tahrir, où les policiers assurent à nouveau la circulation, se refait une beauté. Depuis quelques semaines, les autorités ont commencé à repaver et à planter de la pelouse sur cet épicentre politique du Caire où le siège du PND, l’ancien parti de Moubarak, se dresse toujours, noirci par les flammes. Autour du ministère de l’Intérieur, des murs barrent encore les rues. Arrivé au pouvoir en décembre 2011, le parti de la Liberté et de la justice des Frères musulmans redoute un nouvel embrasement. Alors qu’il enchaîne les déplacements (Chine, Etats-Unis), le président Morsi mise sur la stabilité pour obtenir un prêt du FMI. L’économie du pays est affaiblie par la baisse du tourisme (- 33 % de visiteurs en 2011). «Nous avons hérité d’une situation catastrophique. Les investisseurs doivent savoir que la main-d’œuvre est peu chère ici», plaide Ahmed Sobea, porte-parole des Frères musulmans, mutique au moment d’évoquer la main-mise des militaires sur l’économie. Afin d’assoir son pouvoir, Morsi a annulé une «déclaration constitutionnelle» qui leur aurait accordé de larges pouvoirs.

Salafistes contre féministes

L’écriture de cette nouvelle Constitution déclenche les passions. Les salafistes, qui ont recueilli près de 25 % des voix aux législatives, aimeraient que les «préceptes» de la charia soient inscrits dans ce texte. Ce qui inquiète les 5 millions de chrétiens coptes alors que l’un de leurs coreligionnaires, Alber-Saber, risque cinq ans de prison pour avoir diffusé le film L’innocence des Musulmans, sur son Facebook. Les féministes libérales luttent, elles, pour maintenir l’article qui interdit le mariage des filles avant 18 ans. Contestés par les Libéraux comme par les Salafistes, les Frères musulmans évitent pour le moment de trancher. «La tradition islamique veut que la femme ait deux rôles : élever ses enfants mais aussi prendre part au débat public», rassure de son côté Sabah el Sakkary, responsable de la question féminine dans le parti des Frères. Bien loin des déclarations d’intention, son parti n’a porté que 4 femmes à l’Assemblée sur 235 élus – la nouvelle Assemblée ne compte que 6 femmes sur 495 sièges. «Nous sommes au lendemain d’une révolution. Nous n’allons pas tout changer en 24 heures et nous aurons des difficultés. Mais laissez-nous les avoir sur notre terre…», conclut Mohamed Azab, conseiller du Grand imam de la mosquée d’Al-Azhar.