Liban : le péril noir

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 La côte orientale de la Méditerranée était déjà une poubelle. Il ne lui manquait plus qu’une marée noire. Depuis le double bombardement des 14 et 15 juillet derniers des cuves de fioul de Jiyeh (à 30 km au sud de Beyrouth), le Liban est confronté à une catastrophe écologique de grande ampleur. Dans une mer fermée, les 15.000 tonnes de pétrole qui se sont déjà déversées auront un impact bien plus désastreux que les 37.000 tonnes de l’Erika en 2003, au large de l’Espagne. « Pour l’instant, on ne peut pas faire grand chose, explique, dépité, Georges Abou Moussa, directeur des opérations des sapeurs-pompiers sur l’épicentre de la catastrophe. Nous déversons du calcaire, de la terre et du sable pour arrêter l’hémorragie. Mais ce n’est pas suffisant. »

Alors que le coût de reconstruction des infrastructures du pays a été estimé à 2 milliards d’euros, celui du nettoyage de la côte libanaise a été évalué, par le ministère de l’Environnement local, à 40 millions d’euros. Mais cette tâche de titan ne sera pas la priorité du gouvernement libanais le jour où les hostilités se termineront. Devant ce drame environnemental, le Koweït, l’ONU et l’Union européenne ont promis leur aide. Le petit pays du Golfe a déjà envoyé des experts et 40 tonnes de matériel pour le nettoyage. Mais tout est bloqué en Syrie, à cause du blocus. Plus le temps passe, plus le nettoyage sera complexe, et plus les pays voisins seront eux aussi touchés. Après la Syrie, ce sont la Turquie et la Grèce qui risquent de voir débarquer les nappes visqueuses.

A Beyrouth, les habitants des quartiers du bord de mer sont catastrophés. La seule plage publique de la ville, Ramlet el-Baïda (littéralement « sable blanc » en arabe), est noire. Au gré des faibles marées, le pétrole s’y est déposé. « Pauvre Liban », soupire un habitué de la plage, qui reste là toute la journée, avec ses amis. Un peu plus loin, dans une zone où le pétrole n’est apparemment pas arrivé, de nombreux pêcheurs continuent de jeter leurs hameçons dans la mer, en désespoir de cause. Quelques enfants s’y baignent même, sans se douter que la pollution peut aussi être invisible.

Texte et photos : de notre correspondant au Liban, David Hury

Légendes
1 : Le fioul continue de couler, en feu, à la base des 4 cuves bombardées les 14 et 15 juillet. Sur le site, il fait extrêmement chaud.
2 : Georges Abou Moussa, directeur des opérations des sapeurs-pompiers : « Nous ne pouvons presque rien faire, et l’accès au site est difficile. »
3 : Les cuves de pétrole de Jiyeh se sont transformées en cocottes-minute, qui risquent d’exploser à tout moment.
4 : La côte rocheuse, au sud de Beyrouth, souillée par le pétrole.
5 : La plage publique de Ramlet el-Baïda, à Beyrouth.
6 : Le drapeau libanais se reflète dans une flaque de fioul. Il faudra plusieurs années pour nettoyer complètement le rivage.
7 : Une manette de console de jeux vidéo, prise dans le pétrole. Avant la marée noire, l’est de la Méditerranée était déjà une poubelle.
8 : A Beyrouth, les pêcheurs continuent leur travail, mais n’arrivent pas à vendre leurs poissons. Les supermarchés et les restaurants n’ont pas confiance dans la qualité des produits.