Liban : les réfugiés échouent à Saïda

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Trente-cinq kilomètres séparent Tyr, la capitale chiite du Sud-Liban de Saïda, son équivalent sunnite. Pour de très nombreuses familles, ces 35 kilomètres sont ceux de la délivrance, fuyant les bombardements incessants de l’armée israélienne. Et celui, tragique, sur Cana dimanche n’a fait qu’accélérer les choses. Chaque jour, des taxis bondés dont les toits sont couverts de matelas déversent leur lot de réfugiés sur la place de l’Etoile, devant la mairie. Là, les familles sont orientées vers les écoles publiques où il y a encore de la place. Saïda compte déjà plus de 110.000 réfugiés (sa population normale est de 200.000 âmes).

A leur arrivée dans l’Ecole technique pour filles nº1, les déplacés sont pris en charge de A à Z par les bénévoles de la Fondation Hariri. Souad, qui dirige les opérations, fait ses comptes : « Ici, il y a 1500 personnes, dont 780 enfants. Nous faisons front : nous distribuons à tous des vivres, des habits, des médicaments… Les 255 familles réfugiées ici ont besoin de nous. Ils sont chiites, nous sommes sunnites et ça se passe très bien. Tiens, il faut que je vous raconte l’histoire de Racha…»

La jolie Racha, 21 ans, pourrait être l’héroïne d’une nouvelle version de Roméo et Juliette. Même si son parcours est difficile, cette chiite du Sud-Liban a le sourire. « Dans cette école, j’ai retrouvé Mohammad. Je suis amoureuse de lui depuis un an, mais je ne lui ai jamais parlé. Nos deux familles sont ennemies. Mon père m’a même battue à cause de cela, il voulait que j’épouse un autre garçon. Mais mes parents sont partis mardi en Jordanie, m’abandonnant là, parce que je refusais de céder. La Fondation Hariri est ma nouvelle famille. Notre mariage est prévu pour jeudi. Sans festivités. D’un côté je suis heureuse, mais c’est très étrange dans ce contexte. » Racha ne pense pas à demain, elle ne sait pas où elle vivra avec son Roméo. Ici, ses amis l’ont surnommée «la fiancée de la guerre».

Dans les salles de classe, les familles s’entassent. Tout le monde vit au jour le jour. Mona, une vieille paysanne, est fatiguée de voir l’Histoire se répéter. «J’ai vécu toutes les guerres avec Israël. Mais celle-là est plus dure que les autres, ils cassent tout. Mon village n’existe plus. Il n’y a aucune justice dans ce monde. Nous, nous voulons vivre en paix, et voir revenir nos proches qui sont emprisonnés en Israël. Un jour, un ami de mon petit-fils pêchait au large de Tyr. Ils ont pris son bateau et on ne l’a jamais revu… » Derrière elle et ses souvenirs de souffrance, les enfants courent, crient, jouent, font d’étranges grimaces comme le petit Ali. Dans la cour de l’école, les hommes discutent entre eux, fument le narguilé. Des femmes préparent le repas du soir, d’autres font leur toilette dans les lavabos pour enfants.
Sur les murs du préau, des dessins d’enfants sont affichés. Sur les feuilles coloriées, pas la moindre trace de guerre ou de bombes. Juste des fleurs et de jolies maisons…

Texte et photos : de notre correspondant au Liban, David Hury

Légendes :
Photo 1 : des taxis bondés déversent leur lot de réfugiés sur la place de l’Etoile
Photo 2 : Souad, bénévole de la Fondation Hariri, dirige les opérations
Photo 3 : Racha, chiite, a retrouvé son amoureux Mohammad
Photo 4 : Mona, une vieille paysanne, est fatiguée de voir l’Histoire se répéter
Photo 5 : le petit Ali
Photo 6 : la toilette dans les lavabos pour enfants
Photo 7 : les dessins des enfants affichés dans l'école