Tunisie: «Ces attaques sur la religion échauffent les esprits»

INTERVIEW Mohamed Nejib Gharbi, membre du bureau exécutif d'Ennahdha, en charge de la communication et de l'information, répond aux questions de «20Minutes»...

Propos recueillis par William Molinié, Photo par Vincent Wartner

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Mohamed Nejib Gharbi, membre du bureau exécutif d’Ennahdha, à Tunis, le 20 septembre 2012.
Mohamed Nejib Gharbi, membre du bureau exécutif d’Ennahdha, à Tunis, le 20 septembre 2012. — V.WARTNER / 20 MINUTES

Le parti islamiste au pouvoir actuellement en Tunisie s’attend a des violences vendredi. Son porte-parole revient pour 20 Minutes sur l’attaque de l’ambassade américaine vendredi dernier par des groupes salafistes et sur les caricatures de Charlie Hebdo qui risquent d’embraser à nouveau la capitale.

Qu’avez-vous pensé de la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo?

Nous avons été indignés de voir la religion et ses symboles attaqués de cette sorte. Mais on l’aurait été tout autant s’il s’était agi d’une autre religion. Un des principes fondamentaux des droits de l’homme, c’est de respecter les religions et ses symboles. Bien que nous soyons toujours aussi attachés à la liberté de la presse et d’expression, cette liberté doit être régie par la loi du respect.

La sécurité de plusieurs ambassades a été renforcée à Tunis. Des chars de l’armée ont pris position dans la capitale. Redoutez-vous un embrasement?

Ces attaques sur la religion des musulmans échauffent les esprits. Et dans ce climat tendu, on redoute toujours des manipulations, parfois politiciennes, d’autres fois criminelles. Ce qui a été fait sur l’ambassade américaine vendredi dernier, c’est un acte de vandalisme. Des gens sont venus pour saccager, cambrioler et pas pour manifester. Ils doivent être jugés.

Il est reproché à la police d’avoir laissé faire ou tout du moins tardé à réagir…

Le sujet religieux est rassembleur. Les gens qui ont manifesté ne sont pas que des salafistes. Il y a une foule entière qui s’est rassemblée et certains se sont laissés entraîner. Même les policiers les plus entraînés n’auraient pas pu contenir cette foule.

N’y a-t-il vraiment eu aucun dysfonctionnement?

La police a mal calculé l’intensité et le nombre de manifestants. Mais je ne peux pas laisser taxer de laxisme la police tunisienne. C’est faux. Le problème de la police n’est pas un problème de nonchalance ou de négligence. C’est un problème de carence conjoncturelle liée à la phase de transition. Le nombre de policiers ce jour-là était supérieur à 5.000. Mais quand quelqu’un est en position de défense, il est moins virulent et moins fort que celui qui est en position d’attaque.