Tunisie: Le vendredi de tous les dangers

MONDE Le ministère de l'Intérieur a interdit la tenue de manifestations après la prière de vendredi...

William Molinié (texte) et Vincent Wartner (photo)

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L'ambassade de France sera fermée à Tunis vendredi, jour de prière dans les mosquées.
L'ambassade de France sera fermée à Tunis vendredi, jour de prière dans les mosquées. — V.WARTNER / 20 MINUTES

De nos envoyés spéciaux à Tunis,

L'ambassade de France à Tunis s'est réveillée ce jeudi entourée de barbelés, plusieurs blindés de l'armée lui faisant face. Signe que les autorités tunisiennes sont sur les dents après le fiasco de vendredi dernier et le saccage de l'ambassade américaine par des individus proches de la mouvance salafiste. Pour éviter de devoir faire face à la même situation, quelques jours seulement après la publication de caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo, le ministère de l'Intérieur a interdit jeudi soir la tenue de manifestations pour le lendemain, jour de la prière la plus importante pour les musulmans.

 Des appels ont été lancés depuis le début de la semaine par les salafistes, incitant à défendre vendredi «les valeurs du sacré». Le ministère de l'Intérieur a aussi évoqué la présence d'appels «à la violence sur Facebook». La police tunisienne, cible d'attaques politiques, a été taxée d'attentisme par une partie de la presse tunisienne et les opposants d'Ennahdha, le parti islamiste au pouvoir, qui conteste ces accusations mais reconnaît des erreurs dans la gestion de la crise. «Vous avez vu, on est là», insistait ce jeudi un policier, à proximité de l'ambassade française. Des renforts de forces de sécurité venus de province devraient par ailleurs venir gonfler les rangs dans la capitale.

Manifester contre la violence

«On le sent bien en ce moment, il y a comme un air de flottement dans le pays. Tout le monde semble attendre de voir ce qui va se passer vendredi», atteste Mohamed-Salah, un interne en médecine de 28 ans. «Mais si les intérêts français sont touchés, cette fois-ci, on va tout droit à la catastrophe», poursuit une mère de famille.

Comme eux, des dizaines de manifestants se sont réunis jeudi à l'heure du déjeuner sur la place des droits de l'homme à Tunis pour «protester contre la violence» et «montrer un autre visage de la Tunisie». «Ce pays n'est pas violent. Nous ne sommes pas le Soudan ni la Syrie. Une poignée de salafistes sont en train de gâcher notre image à l'étranger», s'énerve Ridha, 58 ans, un artiste tunisien. «Le peuple de Tunisie doit être proactif. On a fait tomber une dictature, ce n'est pas pour s'en laisser imposer une autre», estime Rim, une jeune femme de 28 ans qui travaille sur des projets de développement de l'éducation en Tunisie.

L'insécurité cache les problèmes de pauvreté

Pour bon nombre de Tunisiens, la journée de vendredi est perçue comme déterminante pour les prochaines semaines. «Si le gouvernement n'arrive pas à tenir la sécurité dans le pays, le message envoyé aux investisseurs va être terrible. Le pays n'a plus d'argent, on a beaucoup de choses à construire. Il ne faut pas que la violence d'une minorité cache des sujets plus importants comme le social, l'économie et les problèmes de pauvreté», poursuit un responsable d'association.

Cet appel pacifique à manifester avait rassemblé environ 1.500 personnes sur les réseaux sociaux. Mais dans la rue, ce jeudi midi, seule une cinquantaine de personnes étaient présentes, pancartes à la main. «Il me semble que les Tunisiens sont lassés et se complaisent dans cette situation. C'est beaucoup plus difficile aujourd'hui de les mobiliser», regrette Moez, 23 ans, étudiant en finances.