Le Grand Mufti d'Egypte invite les musulmans à la retenue

Reuters

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Les musulmans rendus furieux par les caricatures de Mahomet devraient suivre l'exemple de leur prophète et endurer les insultes sans réagir, a déclaré ce jeudi la plus haute autorité religieuse d'Egypte. Le Grand Mufti Ali Gomaa a déclaré que Mahomet et ses compagnons avaient affronté «les pires insultes de la part des non-croyants de (leur) temps».

«Non seulement, son message était systématiquement rejeté, mais (Mahomet) était souvent chassé, insulté et agressé physiquement. Mais son exemple a toujours été d'endurer les insultes et attaques sans riposte d'aucune sorte (..) Puisque le prophète est notre plus grand exemple, cela devrait également être la réaction de tous les musulmans», a-t-il dit. Condamnant la publication de caricatures en France comme un acte frôlant l'incitation à la haine, Ali Gomaa y voit un signe de la polarisation actuelle entre Occident et monde musulman.

«Facteurs sous-jacents»

Mettre le feu aux poudres en publiant des dessins «blessants et insultants dans une imprudente tentative de bravade tend à l'incitation», a-t-il déclaré dans son communiqué, publié sur le blog de Reuters Faithworld. Selon lui, ces caricatures parues dans Charlie Hebdo «revendiquent la supériorité des libertés occidentales sur une prétendue étroitesse d'esprit musulmane».

Les insultes à l'islam et la réponse, incluant la mort de l'ambassadeur américain en Libye ainsi que les attaques sur d'autres missions occidentales dans la région, ne peuvent être dissociées d'autres points conflictuels entre l'Occident et le monde musulman, a-t-il ajouté. Il cite le traitement des musulmans dans le centre de détention américain de Guantanamo, la guerre menée par les Etats-Unis en Irak, les attaques de drones au Yémen et au Pakistan et la diabolisation des musulmans par les partis d'extrême-droite européens, comme étant des «facteurs sous-jacents» aux tensions.

Sa déclaration intervient après la condamnation des caricatures par l'Université islamique cairote Al Azhar, la prestigieuse institution islamique appelant toutefois à ce que toute protestation soit pacifique.