Beyrouth au bord de la panne sèche

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Jour J -14 avant la panne pure et simple. Et ce n’est pas uniquement la voiture de monsieur tout le monde, mais le pays entier qui voit l’approvisionnement en essence arriver à son terme. Dans deux semaines, tout le stock dont dispose le pays sera épuisé.
Depuis le début du conflit, c’est la deuxième fois que la population libanaise cède à la panique. Après le bombardement de Cana dimanche, les Libanais se sont rués sur les stations-services. Résultat : lundi, toutes les stations étaient fermées. « Je suis en train de remplir mes cuves, expliquait lundi un pompiste, au nord de Beyrouth. Je pourrais vous donner un peu d’essence, mais il faut attendre que les impuretés se déposent au fond, ce ne serait pas bon pour votre moteur. » Du coup, mardi matin, les Beyrouthins ont été pris d’un réflexe collectif : faire le plein. Préalablement, les pompistes ont reçu comme mot d’ordre de limiter les ventes à 20000 livres libanaises maximum par véhicule (soit 10,60 euros). Les automobilistes ont donc dû s’armer de patience et faire parfois la queue à trois reprises pour faire le plein complètement. En temps normal, les pétroliers fournissent 5 millions de litres par jour aux détaillants. Depuis trois semaines, ce chiffre est descendu à 1,2 million de litres. A ce rythme, les réserves libanaises seront épuisées dans quinze jours. Si bien que le voisin syrien, sorti par la petite porte en avril 2005 après l’assassinat de Rafic Hariri, remontre le bout de son nez : Nasri Khoury, le secrétaire du Haut Conseil syro-libanais, a affirmé lundi que la Syrie avait décidé de puiser dans ses réserves pour alimenter son voisin…

De notre correspondant au Liban, David Hury

Photo 1 : En plein centre-ville, les files de voitures se sont formées à l’aube mardi, après une journée de fermeture des stations-service.
Photo 2 : Un chauffeur de taxi mécontent de ne pouvoir remplir le réservoir de son véhicule qu’avec 20000 livres libanaises, soit un peu plus de 18 litres.
Photo 3 : Les employés des stations ont reçu les ordres stricts : faire défiler les voitures le plus vite possible. La plupart des pompes ont été fermées en début d’après-midi mardi.