Afrique du Sud: Le travail reprend à Marikana, mais pas encore la production

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Les travailleurs se sont rendus par milliers jeudi matin à la mine de platine de Marikana, au nord de l'Afrique du Sud, mettant fin à six semaines d'une grève très dure qui a fait 46 morts, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Les travailleurs se sont rendus par milliers jeudi matin à la mine de platine de Marikana, au nord de l'Afrique du Sud, mettant fin à six semaines d'une grève très dure qui a fait 46 morts, ont constaté des journalistes de l'AFP. — Rodger Bosch afp.com

Les travailleurs se sont rendus par milliers jeudi matin à la mine de platine de Marikana, au nord de l'Afrique du Sud, mettant fin à six semaines d'une grève très dure qui a fait 46 morts, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Mais la production de la mine exploitée par le groupe britannique Lonmin ne devrait reprendre que dans quelques jours, le temps de faire passer des examens médicaux aux 28.000 employés du numéro trois mondial du platine et de vérifier les installations.

La mine, étrangement silencieuse pendant la grève, avait repris une activité trépidante, des véhicules remplis à ras-bord amenant les travailleurs. A l'entrée, ils bavardaient en faisant la queue pour prendre le quart de 07h00 (05h00 GMT) au puits Rowland, où ils devaient subir un check-up et recevoir des directives.

La plupart des mineurs étaient habillés en civil, attendant de recevoir leur équipement complet après leur admission, une pratique courante après une absence prolongée de la mine.

Mais ici et là, des combinaisons blanches, casques et bottes en caoutchouc trahissaient les quelques non-grévistes qui avaient refusé de suivre le mouvement, et bravé les intimidations des meneurs les plus durs.

Certains visages étaient fermés, évitant délibérément les journalistes. Beaucoup se sont dit satisfaits de leurs augmentations de salaire de 11 à 22%, arrachées au terme de cette grève sauvage commencée le 10 août, ont-ils raconté à l'AFP.

«Nous sommes heureux d'aller travailler. Nous avons obtenu ce que nous voulions», a indiqué Yandisa Mehlo, 37 ans, même si les mineurs n'auront finalement pas le salaire de base de 12.500 rands (1.170 euros) mensuels qu'ils réclamaient avec véhémence.

«La grève est finie», s'est exclamé David Mgengwane, un autre mineur âgé de 24 ans, vêtu d'un tee-shirt frappé du mot «révolution». «Je suis heureux, trop! Je suis un chef de famille, ma famille va être heureuse», a ajouté le jeune homme, qui a son père et ses deux soeurs à charge.

D'autres étaient moins satisfaits, mais sont retournés au travail en désespoir de cause après avoir été privés de paie pendant plus d'un mois. «Je retourne au travail parce que j'ai vraiment faim», a reconnu Phumlile Macefane, 24 ans. «Je suis malheureux parce que je ne peux pas avoir 12.500» rands, a-t-il expliqué. «Mes frères sont morts, ils ont été tués par la police.»

La police a abattu 34 personnes à Marikana le 16 août, alors que de violents affrontements intersyndicaux avaient fait 10 morts dans les jours précédents. Un permanent syndical a été battu à mort la semaine dernière, et une conseillère municipale de l'ANC (le parti au pouvoir) est décédée cette semaine après avoir été touchée par une balle en caoutchouc tirée par la police samedi.

La police maintenait jeudi matin une présence discrète, ses véhicules étant garés à distance. Les forces de l'ordre, qui sont revenues en force sur place samedi, restaient cependant rassemblées en masse au QG installé à proximité pour faire revenir l'ordre dans les mines de la région.

Un accord a été signé mardi soir entre Lonmin, les syndicats et des représentants des grévistes.

Mais si le calme est revenu a Marikana, la tension reste vive dans d'autres mines de la région, où les travailleurs réclament aussi des augmentations de salaires.