Fidel Castro, le révolutionnaire à la main de fer

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Ce sont ses propres intestins qui auront eu raison de lui. Fidel Castro a dû se résoudre à passer la main pour la première fois, lundi, suite à « une crise intestinale aigue avec des saignements importants ». Jusque-là, le dictateur cubain avait résisté à dix présidents américains, à l’effondrement du protecteur soviétique dans les années 1990 et à une sévère chute en octobre 2004, aussi spectaculaire que douloureuse : genou brisé et avant-bras fêlé. Mais en quelques semaines, fidèle à sa légende, l’ancien guérilléro était remis sur pied.
A l’âge de 80 ans, Fidel Castro détient ainsi le record mondial de la longévité au pouvoir avec près de quarante-huit ans passés dans l’exercice sans partage des responsabilités. Avant tout soucieux de sa place dans l’Histoire, ce fils d’émigré espagnol élevé chez les Jésuites aura réussi le tour de force de faire d’une île de six millions d’habitants en 1959 – la plus grande des Caraïbes – une Mecque révolutionnaire, adulée par l’intelligentsia de gauche mondiale, en la propulsant au cœur de la guerre froide.
En décembre 1956, il entame avec la vingtaine de rescapés du débarquement du « Granma » une guérilla de vingt-cinq mois dans la sierra Maestra (sud) qui s’achève par l’entrée victorieuse des « barbus » à La Havane le 1er janvier 1959 et la fuite à l’étranger du dictateur en place, Fulgencio Batista. Mais c’est une autre dictature que Fidel Castro va mettre en place, imposant sa loi révolutionnaire à trois générations de Cubains. En 1961, l’épisode de la baie des Cochons assure au bouillant révolutionnaire un triomphe de légende sur l’impérialisme : 1400 anticastristes débarqués par la CIA sont obligés de rendre les armes après 72 heures de combats. Un an plus tard, Cuba devient l’épicentre de l’apocalypse nucléaire. Au grand dam de Fidel Castro, furieux de n’avoir pas été consulté, la « crise des missiles » soviétiques pointés sur les Etats-Unis depuis l’île est évitée au dernier moment, grâce au sang-froid de John Fitzgerald Kennedy et Nikita Krouchtchev. En échange, Washington renonce à l’usage de la force pour renverser le trublion au cigare installé à quelques encablures (140km) des côtes américaines.
Discipliné, non sans peine, par trente ans d’alliance avec Moscou, Fidel Castro s’est vu obligé de renoncer sur le tard à l’exportation de la révolution violente en Amérique latine, au tournant des années 1989-1990. Pour autant, loin de s’inspirer de l’expérience des derniers « partis-frères » chinois ou vietnamien, le dictateur cubain n’entend faire aucune concession au capitalisme. Sous embargo américain depuis 1962, l’économie cubaine souffre sous une bureaucratie de plus en plus tatillonne qui gère les pénuries. C’est Raul Castro, le frère cadet de Fidel, qui hérite « provisoirement » de ce régime, dont il a partagé tous les combats et les vicissitudes.